Nous publions ce mercredi un article rédigé par le Pr. Carlos Moreno pour le n°7 d’Agir ! – La Revue du Cube. Le thème : créer et agir dans un monde devenu numérique.

Un monde qui vient Créer et Agir avec le numérique

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Réfléchir à la portée et au sens de l’action au 21ème siècle, dans lequel le numérique est devenu un puissant levier de transformation, suppose de revenir d’abord à la signification du mot « action ». L’action recèle l’idée de mouvement, dont va découler une transformation du réel ; mais aussi et surtout, l’action renferme l’idée du potentiel qu’ouvre cette transformation. L’action ouvre des possibles, et en cela il ne faut pas confondre l’agir et le faire. Il y a, comme le soulignait Aristote, une puissance, une dynamique, une potentialité comprise dans chaque action, qui engage une transformation du réel bien au-delà du simple périmètre de l’agir initial.

Le monde du 21ème siècle est par ailleurs traversé par le numérique. À la fois science et outil, le numérique est lui-même un puissant levier de transformation. Il renferme un potentiel de transformation du monde considérable et représente donc un moyen d’action inédit pour les êtres humains.

N’oublions pas cependant que pour agir, il est essentiel de bien comprendre le monde dans lequel vient s’inscrire cette action. « Quand le sage désigne la Lune, l’idiot regarde le doigt », dit un proverbe chinois. Ne regardons donc pas uniquement le doigt du numérique et rappelons-nous que c’est le monde qui nous intéresse, c’est-à-dire tout ce qui fait nos vies au quotidien. Le numérique doit nous aider à comprendre le monde pour le transformer, il ne s’agit pas pour nous d’une fin en soi.

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Agir, collaborer et partager

À travers le temps, l’agir humain a pris diverses formes. L’essor du numérique au 21ème siècle permet de déployer de façon tout à fait intéressante la dimension collaborative de l’agir. Car à travers le partage que permet la puissance du numérique, on démultiplie et on amplifie l’effet de transformation. Avec le numérique, nous créeons ainsi de nouvelle façons de travailler, fondées sur le partage et la collaboration. Et la création de ces nouveaux comportements vertueux transforme le monde en retour. Par la collaboration, nous mettons des outils et des connaissances en commun. Par le partage, nous faisons naître de nouveaux services et de nouveaux usages. L’opensource, l’opendata, le crowdsourcing, le crowdfunding – sont autant de formes modernes de l’agir collaboratif.

L’action n’est plus aujourd’hui une affaire de spécialistes qui maîtrisent le savoir et les technologies. Par la collaboration et le partage, on voit apparaître de nouvelles applications qui impactent nos vies. Avec l’open source, on peut désormais créer des applis qui étaient autrefois du ressort des spécialistes. Les hackhatons nous montrent comment des jeunes peuvent créer en un week-end des solutions opérationnelles inédites. Nous sommes entrés dans l’ère de l’ « appstitude » : une attitude de partage et de collaboration rendue possible grâce à la puissance du numérique.

Avec le numérique se sont ainsi concrétisées de nouvelles façons d’acter le changement. Autrefois, on agissait de façon isolée, on suivait un chef, on obéissait à une hiérarchie, on suivait une démarche de changement. Désormais, on peut être acteur du changement, on peut susciter la surprise, on peut être à l’origine d’une création véritable en s’appuyant sur l’immensité des ressources que le numérique met à la disposition de chacun.

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Agir, moi et l’autre

À partir de là, il me paraît essentiel d’inclure la notion d’altérité pour aller plus loin. Agir au 21ème siècle en s’inscrivant dans une intelligence collective n’a de sens, selon moi, que si l’on est capable d’apporter à cette intelligence collectiveun regard propre, apte dans le même temps à comprendre le regard de l’autre. Puisque chacun peut aujourd’hui coder et accéder à l’open source, la notion d’agir ne signifie pas seulement mettre en commun des connaissances technologiques. Elle signifie, plus profondément, transformer son regard sur l’autre.

La construction véritable d’un avenir plus serein va dépendre, je le pense, de notre capacité à changer ainsi notre regard sur l’autre. Le numérique doit aussi nous permettre de sortir d’une logique d’opposition et de pouvoir pour entrer dans une logique de compréhension des apports et des différences. Il nous montre déjà à quel point ces différences sont source de créativité.

J’aimerais introduire ici la notion d’empathie, qui me paraît une composante essentielle du processus de cocréation du monde de demain. En éprouvant l’émotion que ressent l’autre, je la respecte et je lui donne une perspective. L’empathie est cruciale pour agir, changer, cocréer et coécrire selon un mode disruptif. Car la disruption suppose de voir les choses sous un autre angle que le mien.

Agir, la multitude et le numérique

Grâce au numérique se créent ainsi de nouveaux rapports entre moi, l’autre et la multitude. Nous avons la chance de pouvoir aujourd’hui, grâce à ces nouveaux outils, développer un système empathique de partage, de collaboration et de transformationdu monde – sans avoir besoin de proximité physique avec les autres. On peut agir avec la multitude, tout en étant chacun différent. Il faut souligner la puissance de la multitude à l’heure de l’Internet des Objets : nous avons tous la capacité d’apporter quelque chose de différent, qui nous est propre. L’agir vient s’inscrire dans un maillage à l’effet démultiplicateur, dans lequel le regard que nous portons les uns sur les autres change. En mettant en commun des situations de vie, en apportant chacun des solutions, nous co-écrivons des choses nouvelles.

Parce qu’il court-circuite tous les espaces et tous les temps, le numérique est un outil extraordinaire. Lorsqu’il vient s’inscrire dans un espace socio-territorial donné, il nousoffre, j’en suis convaincu, une véritable capacité à réinventer nos vies.


Un mundo que viene: crear y actuar con el #Digital

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Reflexionar sobre el alcance y el sentido de la acción en el siglo XXI, cuando la tecnología digital se ha convertido en una importante herramienta de transformación, supone revisar primero el significado de la palabra “acción”. La acción encierra la idea de movimiento del que va a resultar una transformación de lo real; pero sobre todo la acción entraña la idea del potencial que libera esta transformación. La acción abre posibilidades y en esto no hay que confundir actuar y hacer. Como subrayaba Aristóteles, existe un poder, una dinámica y una potencialidad en cada acción, de las que surge una transformación de la realidad más allá del simple ámbito de la acción inicial.

Por otra parte, el mundo del siglo XXI está marcado por la tecnología digital, a la vez ciencia, herramienta y poderoso instrumento de mutación que encierra un considerable potencial de transformación del mundo y representa un medio de acción inédito para los seres humanos.

No hay que olvidar que para actuar es indispensable comprender bien el mundo en el que se va a inscribir esa acción. “Cuando el sabio señala la luna, el necio mira el dedo”, reza un proverbio chino. No miremos únicamente el dedo de la digitalidad y recordemos que lo que nos interesa es el mundo, es decir, todo lo que constituye nuestra vida cotidiana. La tecnología digital tiene que ayudarnos a comprender el mundo para transformarlo, no constituye un fin en sí mismo para el hombre.

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Actuar, colaborar y compartir

A través de los tiempos, la acción del hombre ha adoptado diferentes formas. El auge de la tecnología digital en el siglo XXI permite desplegar de una forma muy interesante la dimensión colaborativa de la acción. Porque, a través de todo lo que el poder de la tecnología digital permite compartir, se potencia y se amplifica el efecto de transformación. Así, con la tecnología digital, creamos nuevas formas de trabajar basadas en el intercambio y la colaboración. Y la instauración de estos nuevos comportamientos virtuosos transforma a su vez al mundo. Al colaborar, ponemos herramientas y conocimientos en común. Al compartir, creamos nuevos servicios y nuevos usos. El open source, el opendata, el crowdsourcing y el crowdfunding son otras tantas formas modernas del actuar colaborativo.

Ahora, la acción ya no es asunto de especialistas que dominan el saber y las tecnologías. Gracias a la colaboración y al intercambio, vemos aparecer nuevas aplicaciones que repercuten en nuestras vidas. A partir de ahora, con el open source, se pueden crear aplicaciones que antes requerían la intervención de especialistas. Los hackhatons nos enseñan cómo los jóvenes pueden crear soluciones operativas inéditas en un fin de semana. Hemos entrado en la era de la “appstitud”, esto es, una actitud que consiste en compartir y colaborar, y resulta posible gracias al poder de lo digital.

Así, con la digitalidad, nuevas maneras de formalizar el cambio han podido hacerse realidad. Antes, se actuaba de forma aislada, se seguía a un jefe, se obedecía a los superiores jerárquicos, se observaba una estrategia de cambio. Ahora se puede ser protagonista del cambio, se puede suscitar la sorpresa, se puede dar origen a una auténtica creación apoyándose en la inmensidad de recursos que la tecnología digital pone a disposición de cada uno.

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Actuar, yo y los demás

Así las cosas, me parece esencial incluir la noción de alteridad para llegar más lejos. Pienso que, en el siglo XXI, solo tiene sentido actuar inscribiéndose en una inteligencia colectiva si uno es capaz de aportarle una visión propia, apta al propio tiempo para comprender la visión del otro. Como, ahora, cada uno puede programar y acceder al open source, la noción de acción no significa únicamente poner conocimientos tecnológicos en común. De un modo más profundo significa también transformar su mirada hacia el otro.

La auténtica construcción de un futuro más sereno dependerá, creo yo, de nuestra capacidad para cambiar también nuestra mirada hacia el otro. La digitalidad también debe permitirnos salir de una lógica de oposición y poder para acceder a una lógica de comprensión de las aportaciones y las diferencias. Ya nos está enseñando hasta qué punto estas diferencias son una fuente de creatividad.

Llegados a este punto, me gustaría introducir la noción de empatía, que considero un componente esencial del proceso de cocreación del mundo del mañana. Al sentir la emoción que experimenta el otro, la respeto y le doy una perspectiva. La empatía es crucial para actuar, cambiar, cocrear, coescribir según un modo disruptivo. Porque la disrupción supone ver las cosas desde otro punto de vista diferente del mío.

Actuar, la multitud y la tecnología digital

Gracias a la digitalidad, se crean nuevas relaciones entre el yo, el otro y la multitud. Con la ayuda de estas nuevas herramientas, hoy en día tenemos la suerte de poder desarrollar un sistema empático para compartir, colaborar y transformar el mundo, sin necesidad de proximidad física con los demás. Se puede actuar con la multitud, sin que cada cual deje de ser diferente. Hay que subrayar la fuerza de la multitud a la hora del Internet de las cosas; todos tenemos la capacidad de aportar algo diferente, que nos es propio. La acción se inscribe en un mallado multiplicador, en el que cambia la visión que tenemos los unos de los otros. Al poner en común situaciones de la vida, y aportar cada uno sus propias soluciones, estamos coescribiendo cosas nuevas.

La tecnología digital puentea todos los espacios y todos los tiempos, revelándose como una herramienta extraordinaria. Al inscribirse en un espacio socioterritorial dado, estoy convencido de que nos ofrece una auténtica capacidad de reinventar nuestras vidas.