Nous publions ce mercredi une interview du Pr. Carlos Moreno par Nicolas Curien, Professeur émerite au CNAM, dans le n°96 de la Revue Communications&Stratégies – DigiWorld Economic Journal sur le thème : « Challenges and prospects of the smart city ». L’interview est traduite ici en français et en espagnol.


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C&S: Quel regard portez-vous sur l’évolution urbaine mondiale actuelle ?

Rappelons pour commencer le contexte général de la ville, qui en se développant doit faire face à de nombreux défis : augmentation de population, des besoins énergétiques, précarité économique, écarts sociaux, réduction des budgets à une époque de crise, coûts énergétiques en hausse, diminution des ressources fossiles, pression médiatique, etc. Aujourd’hui, la planète a dépassé les 7 milliards d’habitants et, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, plus de 50 % de la population vit dans des villes ; en Europe le chiffre atteint 77 %. En 2030, sur 8,3 milliards de personnes, l’on estime que près de 5 milliards vivront dans des zones urbaines.

La ville est un lieu de vie qui se développe avec le temps, qui croît et qui augmente en complexité. La croissance exponentielle des villes consomme des ressources, fragilisant encore plus un environnement déjà considérablement affecté. De nouveaux besoins vitaux s’imposent sur le plan alimentaire, sanitaire, climatique, de la mobilité, etc., exigeant de nouvelles réponses dans ces contextes de forte évolution, où la nature se trouve plus que jamais menacée. Il s’avère également pertinent d’envisager les ruptures nécessaires afin d’élaborer d’autres paradigmes en matière de conception et de transformation de la vie en ville, impulsés par l’innovation.

Parallèlement, nous vivons au XXIe siècle à l’époque de la révolution numérique ubiquitaire : le monde a dépassé le chiffre de 5 milliards d’appareils connectés et, en 2020, ce chiffre devrait avoir triplé. Je mentionne souvent le fait qu’un simple smartphone possède la puissance de calcul qui a été utilisée en 1969 pour envoyer l’homme sur la lune. Les relations entre les personnes, indépendamment de leurs habitats, us et coutumes et de la région de la planète où elles vivent, se sont vues profondément modifiées par l’instantanéité des échanges permise par cette présence ubiquitaire, par la puissance de l’informatique, de l’Internet des personnes et de l’Internet des objets… Les nouvelles technologies impriment profondément et durablement leur marque dans l’environnement immédiat de la vie quotidienne de chacun.

C&S: Quelles sont, d’après vous, les priorités actuelles en termes d’innovation urbaine ?

Si nous examinons les modalités à suivre pour développer l’innovation urbaine, non pas comme un effet de mode ou de communication ponctuelle mais de manière permanente avec des objectifs à moyen et long terme, comme la colonne vertébrale des propositions visant à améliorer la qualité de vie des citadins, ma réflexion s’articule autour 5 impératifs-clés.

Répondre aux besoins des citoyens

Au-delà de l’innovation urbaine le concept auquel je m’attache est celui de l’« intelligence urbaine ». Il s’agit de l’essence même de la vision dans laquelle s’inscrivent mes réflexions et mon action. Je considère l’innovation urbaine comme un élément clé, mais non unique, du paradigme indispensable pour réussir la transformation incrémentielle de la ville, ce que j’appelle le triptyque de « l’intelligence inclusive, urbaine, sociale et technologique ».

Il n’est dons pas question d’un concours permanent pour déterminer quelle est la meilleure technologie du moment, quelle est la ville la plus intelligente et au « QI » le plus élevé, ni de connaître le nombre de grands chantiers menés sous tel ou tel gouvernement, mais avant tout de proposer une vision ouverte et collaborative de la construction, gestion et amélioration de l’espace urbain concerné, de ses services publics, de ses infrastructures, qui doivent intégrer, en se projetant dans l’avenir, les impératifs en matière d’environnement, de développement durable et de respect de la diversité sous toutes ses formes.
Il est essentiel de tenir compte de la multiplicité des acteurs impliqués dans cette triple base fondatrice de la transformation de la ville « dotée d’une intelligence urbaine, socialement inclusive et technologiquement avancée », d’où découle également une multiplicité d’angles de réflexion et de sources de propositions.

Vivre dans une ville vivante

Il s’agit de la nécessité de développer une dynamique collaboratrice par le biais de synergies permanentes entre de larges champs disciplinaires. La vie de la ville, entité complexe par excellence, est elle-même dynamique. Et simultanément très fragile. Comme je le dis fréquemment dans mes conférences ou mes textes, il s’agit de vivre dans une ville qui est elle-même vivante et exposée en permanence à toutes sortes de risques qui affectent son devenir. Un grand nombre de systèmes interdépendants constituent le tissu urbain au centre duquel se situe le citadin.

Pour cette raison, la réflexion sur les projets urbains, sur l’intelligence sociale et la technologie urbaine au service du citadin, sur la résilience et sa construction, exigent des pratiques transversales afin de pouvoir innover, expérimenter, explorer les relations qui existent entre l’espace public de la ville, ses infrastructures, ses besoins de développement publics et privés, dans le cadre d’une évolution urbaine permanente qui représente le quotidien de millions de citadins quelle que soit la taille de leur ville, petite agglomération ou grande métropole.

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Promouvoir la « vitalité » urbaine

Comment produire pour un espace public dynamique, vivant, en répondant aux interdépendances généralisées, des propositions qui permettent d’anticiper ses évolutions et qui soient non seulement acceptées socialement mais aussi génératrices sur le plan social d’initiatives et d’appropriation, y compris en cas de ruptures ?

Cela me conduit à examiner ce que j’appelle la « vitalité urbaine », à savoir la convergence de la « ville vivante » – la Living City que je défends – avec ses infrastructures et services d’une part, et des initiatives citoyennes d’autre part, pour lesquelles il est nécessaire de créer des capacités participatives au travers d’espaces d’échange, de discussion, de création, avec des citadins que j’appelle les « Smart Citizens », sans attacher à ce terme de connotation restrictive.

La « vitalité urbaine » ne peut non plus être considérée de façon idéaliste, car les villes se sont développées chacune à leur propre rythme, dans des contextes sociaux, économiques, politiques, culturels, géographiques, etc. très différents. Et ce non seulement d’un pays à l’autre, d’une ville à l’autre, mais au sein d’un même pays, d’une même région voire d’une même ville. Car en réalité combien de villes ne sont-elles pas abritées dans une seule ville ? De multiples villes, sans aucun doute, que nous connaissons parfois mal ou pas du tout… Ces sectorisations de tout type sont le produit d’une histoire et doivent être envisagées dans leur contexte particulier pour ne pas tomber dans une vision idéalisée et abstraite du citadin participatif…

Transformer le citoyen lui-même

Cela me mène à un autre impératif, celui de l’intelligence urbaine socialement inclusive ; transformer le citadin lui-même, chacun de nous, afin que chacun s’implique dans la vie de la ville, soit acteur de sa vie d’aujourd’hui et de demain.

En effet les citadins qui habitent la ville sont eux-mêmes dissemblables, asymétriques, souvent changeants, fortement influençables, et sont le produit de contextes et de situations de vie qui les ont fait évoluer de manière différente, en les conduisant selon les circonstances soit à se marginaliser, à être passifs, à ne pas se sentir socialement inclus, ou au contraire à être les acteurs d’un aspect ou d’un autre de leur ville, à être hyper-présents, hyperactifs, fortement impliqués, et entre ces extrêmes existent de multiples nuances et facettes. Dans ce quatrième impératif, en même temps que la vitalité urbaine il est essentiel de créer un mouvement, un état d’esprit que j’appelle « la volonté du citadin actif », qui permet au citadin de construire, vivre, développer, alimenter l’interactivité entre lui-même et sa ville. C’est un concept que j’évoque également dans mes travaux à travers les slogans « vis ta ville », « change ta ville », « ta vie est la ville », « tu es la ville », qui sont des expressions de la « vitalité urbaine inclusive ».

Promouvoir l’intelligence ambiante

Clairement, ce dernier impératif est le produit de la révolution du XXIe siècle, la révolution numérique ubiquitaire : l’avènement de l’« intelligence ambiante » et avec elle, du citadin connecté.

La révolution numérique est en marche à travers l’ensemble de la planète. Celle-ci a démarré il y a déjà longtemps avec l’installation des mailles serrées des réseaux de communication et d’Internet, auxquels sont venus s’ajouter de nouvelles mailles plus fines, celles des objets communicants, notamment les smartphones et autres appareils ubiquitaires. Selon moi, la puissance de la révolution ubiquitaire vient du fait que les objets, initialement technologiques, se sont transformés en objets sociaux ayant un usage social, indépendamment de leurs modalités de connexion. Ils ont ainsi participé à la création de services qui transforment nos vies et nos villes.

Il s’agit de la convergence du monde physique ou réel et du monde virtuel, grâce à des interfaces hyperactives connectées. Les utilisateurs se réapproprient leur rôle de citoyen et deviennent des acteurs connectés en temps réel. Ils ne sont plus de simples consommateurs d’Internet, ils en sont devenus les protagonistes. Une telle hyperconnectivité entre les personnes, par le biais de cet univers diffus, crée ainsi un nouvel état de fait jusqu’à présent inconnu. Parmi ceux qui décident d’utiliser leur connectivité en créant un lien social, émerge une nouvelle forme d’expression sociale de nature participative pour les citoyens les plus évolués. Ainsi, les citoyens sociaux connectés, parfois anonymes, par le biais d’une photo, d’un tweet ou d’un statut, acquièrent une force qui, lorsqu’il s’agit de s’exprimer sur la vie de la cité, dépasse la frontière entre monde virtuel et réel et engendre un puissant contre-pouvoir civil. La pression sur les dirigeants s’exerce pratiquement en temps réel et les lanceurs d’alerte vivent dans l’actualité réactive immédiate, en créant des effets multiplicateurs inédits aux conséquences sociales parfois imprévisibles.

Cette nouvelle ère du cyberespace inversé prend corps dans nos vies, dépassant la simple connectivité des objets et de l’utilisateur pour s’hybrider à notre quotidien.

Pouvez-vous nous préciser ce qu’est, pour vous, l’intelligence ambiante ?

L’intelligence ambiante est en effet un concept fondamental, car il constitue la colonne vertébrale de la révolution numérique : le résultat de l’évolution intervenue depuis la naissance d’Internet et du World Wide Web jusqu’à cette première décennie du XXIe siècle ; ce que nous commençons à vivre, l’ubiquité, l’intelligence distribuée, la géolocalisation et la capacité réactive de tout un chacun par le biais de l’hyperconnectivité humaine avec les réseaux sociaux, qui s’ajoute désormais à la puissance exponentielle de l’Internet des objets.

Selon moi, l’actuelle révolution numérique se caractérise principalement par la présence diffuse du numérique au plus profond des activités humaines, via un phénomène de maillage à évolution illimitée qui se développe et qui conduit à l’omniprésence du numérique. Cette transversalité en fait une importante source d’opportunités de création de valeur dans pratiquement tous les secteurs d’activité. Pour exploiter pleinement cette révolution et les transformations profondes qui l’accompagnent, il faut réinventer le numérique, en le concevant non pas à partir d’objets technologiques mais à partir des utilisations et des services nouveaux qu’ils rendent possibles. Il faut aujourd’hui changer de paradigme pour que la notion de conception de services trouve sa pleine mesure.

L’homme numérique se considère comme un homme connecté, complété, hybridé, alors qu’en réalité il devrait transcender l’objet technologique (par exemple le smartphone) pour s’approprier une nouvelle culture, faite de nouvelles utilisations et de nouveaux services, par le biais des applications qui contribuent à changer ses relations avec autrui et avec son environnement. Google, Facebook, Twitter, WeChat, LinkedIn, Instagram, YouTube, pour donner quelques exemples très actuels, constituent avant tout une révolution dans l’utilisation et l’acceptation de nouveaux services, qui modifient nos relations avec les autres et avec le monde qui nous entoure.

Le concept de l’intelligence ambiante nous amène à opérer un véritable changement de paradigme qui place au cœur de notre activité la compréhension des systèmes interdépendants et de leurs interactions, de manière à pouvoir ainsi inventer et réinventer d’abord les utilisations et services qui transforment la vie et créent de la valeur, sans oublier les valeurs, au sens tant éthique qu’économique du terme.

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En quoi l’intelligence ambiante contribute-t-elle au bien-être collectif ?

Avec l’utilisation de la technologie conçue comme une Intelligence ambiante au service d’utilisations dans la ville, nous entrons dans la phase initiale d’une tendance profonde, qui va créer des services et utilisations radicalement nouveaux, mais qui va également transformer la réponse des villes et des métropoles face aux besoins vitaux et aux exigences de bien-être de ses habitants, ainsi que leur manière d’affronter les problèmes qu’elles rencontrent.

Au travers des réseaux sociaux, tout en chacun pourra contribuer à l’élaboration de services publics, et il probable que de nouvelles manières de vivre surgissent. Nous assistons également à une révolution dans les formes d’organisation : peu à peu les systèmes hiérarchisés et verticalisés sont remis en question, car à l’heure actuelle, avec la diffusion massive et horizontale de l’information, chacun peut s’approprier des compétences et prendre des décisions.

Dans ma vision des choses, il s’avère crucial d’apporter à la ville et à ses habitants cette intelligence ambiante distribuée, pertinente, disponible et accessible à tout moment, à chaque instant et en tout lieu, afin qu’elle soit robuste, auto-adaptative et capable d’apprendre, de se réparer et de se reproduire de façon autonome.

De mon point de vue, nos villes, qui sont des environnements complexes, devront se transformer en écosystèmes transversaux, ouverts, évolutifs, adaptatifs et permettant l’épanouissement de leurs habitants.

Les réseaux énergétiques et l’émergence de la ville sans carbone exigent que le développement durable soit placé au cœur de la vie citadine. La ville du futur, que nous construisons jour après jour, est guidée également par la nécessité impérative d’optimiser et de mettre en commun les ressources.

Il est de notre devoir de mobiliser la collectivité des agents de la ville (responsables, charges élues, universitaires, chercheurs, industriels, citoyens, etc.) pour réfléchir ensemble et partager nos perspectives, dans un esprit de collaboration et sous une forme transversale à l’échelle internationale.
La bonne nouvelle est que cette réflexion a déjà été initiée et qu’elle émane d’une communauté qui réfléchit, discute, échange des opinions et qui agit également et partage des pratiques optimales.

Comment placer les citoyens au coeur de l’intelligence urbaine ?

Le citadin doit occuper une place centrale dans la ville de demain, être acteur, avoir la possibilité d’être informé, de réagir, de débattre dans le cadre d’une approche inclusive. Il ne faut pas entretenir une vision idéalisée ou figée des citadins – car ces derniers évoluent et se construisent dans des contextes différents – mais les savoir capables de participer à un mouvement, une dynamique, de générer de la créativité et de la valeur sur le plan social, économique et de la qualité de vie.

Cette notion d’usages et de services pour tous a été transformée par l’apparition des réseaux sociaux, qui ont converti les réseaux numériques en une source de veille informative qui, tout d’abord individuelle, est rapidement devenue un formidable creuset de veille collective, d’une ubiquité sans limites dans le temps comme dans l’espace. Comme le dit Michel Serres, l’espace du voisinage immédiat disparaît dans le nouveau monde dessiné par la technologie numérique, puisqu’il met, à tout moment et en tout lieu, l’information collective et un certain niveau de culture à la portée de tous.

Une nouvelle transformation, une « révolution au sein de la révolution » est à l’œuvre, avec la projection de cette puissance immatérielle dans notre vie quotidienne, le monde réel, auquel renvoie ce tag bien connu sur les réseaux sociaux #IRL – In Real Life. En revanche, cette transformation resterait une pure chimère technocratique si son véritable moteur n’était pas réellement la transformation par l’usage, l’apparition de fonctions qui font que nos vies évoluent et s’améliorent, créant à tout moment et en tout lieu un degré opportun de lien social, afin de pouvoir tisser dans la vie réelle de nouvelles relations entre les hommes et les femmes, les administrateurs et les administrés, les structures institutionnelles officielles et les systèmes diffus, informels et déstructurés de la multitude numérique. Il s’agit avant tout de faire de la vie du citadin connecté un authentique lieu de changement et de transformation.

Avec l’utilisation de la technologie au service d’usages urbains, nous entrons dans la phase initiale d’une tendance profonde, qui va créer des services et utilisations radicalement nouveaux, mais qui va également transformer la réponse des villes et des métropoles face aux besoins vitaux et aux exigences de bien-être de ses habitants, ainsi que leur manière d’affronter les problèmes qu’elles rencontrent.

Au travers des réseaux sociaux, tout en chacun pourra contribuer à l’élaboration de services publics, et il est probable que de nouvelles manières de vivre feront leur apparition. Nous assistons également à une révolution dans les formes d’organisation : peu à peu les systèmes hiérarchisés et verticalisés sont remis en question, car à l’heure actuelle, avec la diffusion massive et horizontale de l’information, chacun peut s’approprier des compétences et participer par ses contributions à l’élaboration de solutions.

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Pourquoi les plateformes jouent-elles un rôle si important ?

Les plateformes sont des systèmes qui permettent d’agréger, d’enrichir, de récréer, de contextualiser des informations, mais c’est surtout par leur biais que les usages et les fonctionnalités peuvent être repensés et incarnés. Véritables espaces d’agrégation et de rencontres dans lesquels convergent les mondes physique, numérique et social, les plateformes sont des lieux où l’on appréhende autrement les usages.

A travers les plateformes dédiées à la mobilité en ville par exemple, la voiture n’est plus pensée comme un objet propre mais comme une fonctionnalité, parmi d’autres, pour se déplacer. Les plateformes font ainsi naître une culture de l’aller-retour entre le monde physique et le monde physique par le biais du monde numérique, l’hybridation permettant dès lors de générer de nouvelles utilisations et fonctionnalités.

La plateforme permet de concrétiser la conception/définition des services, qui occupe une place toujours plus centrale dans les débats, et dont je suis un fervent partisan. Il s’agit en effet de la pierre angulaire de ce monde fantastique de la technologie, qui doit être traduite en usages et services, créant du lien social et de la valeur, et transformant réellement nos villes et nos vies.

Il est essentiel de penser en termes d’utilisations et de services, et d’intégrer la notion de conception de services afin de porter la technologie vers une authentique conquête sociale, sans laquelle elle ne pourrait pas être synonyme de progrès et d’utilisation efficace.

La conception de services, lorsqu’elle est mise en œuvre dans le cadre de plateformes pour être réalisée en commun, permet d’accéder au crowdsourcing, à l’open date et aux apports du public, ce qui garantit une hybridation avec le monde physique par le biais de l’Internet des objets. C’est ainsi qu’elle devient plus que jamais la voie du futur.

Quel est le rôle de l’Internet des Objets dans l’évolution de l’innovation ?

L’Internet des objets, l’IoT pour utiliser le sigle anglais, s’inscrit par ailleurs dans la logique de développement de la révolution numérique. La véritable rupture se produit actuellement avec le web réincarné et les objets qui transcendent leur fonction.

Nous sommes en train de vivre, avec l’avènement du paradigme ubiquitaire, une période de rupture technologique très forte. Toutes les analyses le soulignent, à juste titre. Grâce à l’utilisation du silicium embarqué, tous les objets ont en effet aujourd’hui la capacité d’être connectés et communicants. Cette évolution nous pousse à porter un regard nouveau sur les objets que nous utilisons au quotidien, car la technologie leur confère désormais des capacités de communication, de maillage et d’intelligence. On évalue actuellement à 6 milliards le nombre d’objets connectés dans le monde, pour un total de 7 milliards d’habitants et dans une dizaine d’années, ce nombre d’objets connectés sera multiplié au moins par 5. Les possibilités technologiques qui s’ouvrent à nous paraissent dès lors quasi infinies.

Les objets du XXIe siècle intègrent trois composantes différentes : technique, connaissances et sociabilité. C’est ce qui caractérise, selon moi, l’Internet des objets : quelle que soit la façon dont il est connecté, tout objet a désormais un usage social.

Cette socialisation de l’objet connecté concerne également ce que l’on nomme le « corps augmenté ». Le téléphone mobile est déjà devenu pour nombre de gens une sorte de prothèse numérique, qui fait partie du corps en le prolongeant. Demain les lunettes Google ou autre permettront, non de corriger une vue défaillante, mais d’augmenter la réalité perçue, en nous en donnant une vision différente, augmentée par des contenus sociaux. Là se situe la nouveauté : en étant connecté, un objet comme une paire de lunettes devient un objet social. Et c’est précisément la raison pour laquelle, dès lors, il n’y a plus d’opposition entre le monde physique réel et le monde virtuel : au contraire, le monde physique est traversé par le monde numérique et sa dimension sociale, qui permettent de créer de nouveaux usages et services dans le monde physique. L’auto-partage par exemple, permet de repenser la mobilité à travers les objets connectés que sont les recharges, les bornes et les véhicules.

Le concept d’hybridation entre monde physique et monde numérique doit donc être lui aussi, je pense, compris à la lumière de cette notion de socialisation. L’hybridation permet de partir du monde physique pour le réinventer, via l’internet des objets et le corps augmenté, en proposant des usages et des services entièrement nouveaux. L’hybridation n’est pas une chose nouvelle, car l’homme s’est toujours approprié son espace de manière créative par le biais de la technique puis de la technologie. Ce qui est nouveau, à l’heure actuelle, c’est que la technologie ouvre des espaces nouveaux en reliant socialement les individus.

Si l’on applique ces considérations à la ville, de même, on voit que les potentialités de l’internet des objets sont extrêmement riches, et qu’elles ne se résument pas à un frigo qui nous alerte quand il n’y a plus de beurre. La ville étant un territoire de vie et de rencontres, les objets connectés sont un outil pour faire émerger de nouvelles expériences de vie qui donnent naissance à des usages et services inédits, dans le domaine administratif, des loisirs, de la santé, de la sociabilité etc. Par exemple, les seniors peuvent être connectés à des services de soins médicaux mais aussi à des réseaux sociaux qui leur sont dédiés pour améliorer leur quotidien.

Interview with Pr. Carlos MORENO, Scientific Advisor to the CEO of COFELY INEO, GDF SUEZ Group

Conducted by Nicolas CURIEN, Conservatoire national des arts et métiers, Paris

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C&S: How do you analyse the urban context in the world today?

Carlos MORENO: It is worth noting, first of all, the general context of the city, which is developing in the face of numerous challenges: increase in population and energy needs, economic uncertainty, social differences, budget cuts in a time of crisis, rising energy costs, diminishing fossil resources, media pressure, etc. As of today, the planet’s population has surpassed 7 billion and, for the first time in the history of mankind, more than 50% of people live in cities, with this figure as high as 77% in Europe. In 2030, it is estimated that nearly 5 billion of 8.3 billion people will live in urban areas.

The city is an alive place that develops over time, grows and becomes more complex. The exponential growth of cities consumes resources which further weakens an environment that is already quite affected. New vital needs arise in terms of food, health, climate, mobility, etc., which require new responses to these changing contexts, with nature threatened on an unprecedented scale. This also leads us to consider certain changes that are needed in order to build new paradigms of thinking and transforming life in the city through innovative action.

At the same time, we are in the midst of a 21st century ubiquitous digital revolution: the number of connected objects worldwide has surpassed 5 billion, a figure that is expected to at least triple by 2020. I often say that a simple smartphone has the computing power that was used in 1969 to send men to the moon. Relations between people, regardless of their habitat, traditions and customs and where they live on the planet, have changed dramatically thanks to the immediacy of this ubiquity, computing power and the power of the Internet of People and the Internet of Thing. New technologies are leaving a profound and lasting mark on the immediate environment of each person’s day-to-day life.

What do you think as being the key priorities for urban innovation today?

If we ask ourselves how to develop urban innovation – not as a fad or a one-off message, but permanently and with a medium and long-term outlook as the backbone of the proposals aimed at improving citizens’ quality of life, my thought process centres around what I believe are five key imperatives.

1. Meet the need of citizens
Beyond urban innovation, my view is one of “urban intelligence”. It is the essence of the whole vision that underlies my thinking and my action. I consider urban innovation as a key – but not the only – element of what is an essential paradigm for a successful incremental transformation of the city, and what I call the “urban, social and technological inclusive intelligence” triptych.
So it’s not about an ongoing competition in terms of what is the best technology of the moment, what is the most intelligent city in abstract terms based on it having the highest IQ, how many great structures have been built in this or that term of office, but above all proposing an open, collaborative vision of the construction, management and improvement of the urban area in question and of its public services and infrastructures which includes, looking towards the future, obligations towards the environment, sustainable development and respect for diversity in all its manifestations.

2. Live in a living city
It is the need to develop a collaborative process through equally permanent synergies among a wide range of disciplinary fields. The life of the city, the ultimate complex entity, is itself dynamic. And at the same time very fragile. I often say this in my conferences and writings, it is about living in a city that is itself living and constantly exposed to all types of risks that affect its future. A large number of interdependent systems make up the urban fabric in which the citizen is the focal point. That is why the reflection on urban projects, on urban social and technological intelligence at the service of citizens, on resilience and its construction, require cross-disciplinary practices in order to be able to innovate, experiment and explore the relations that exist between the city’s public space, its infrastructures, its ever-changing public and private development needs, which is the day-to-day life of thousands and millions of citizens, regardless of the size of the city, whether a metropolis or a large, medium or small city.

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3. Promote urban vitality
How to produce proposals for a dynamic, living public space that respond to general interdependencies and allow us to anticipate changes to them and which are not only socially accepted but also generate initiatives and appropriation and even changes at the social level?
“Urban vitality” is the convergence of the “living city” which I advocate, with its infrastructures and services, with citizen initiatives for which the ability to encourage involvement through forums for exchange, discussion and innovation must be created, with what we call « Smart Citizens », without this term being limited to just a few.

Urban vitality can also not be viewed with idealism since cities have developed at their own pace, in very different social, economic, political, cultural, geographic and other contexts. Not only from one country to another or from one city to another, but also within the same country, within the same region, and even within the same city. How many real cities are there inside cities? The answer is certainly many, and we are sometimes not well aware of them or not aware of them at all… Each of these many subdivisions of any kind are products of history and must be considered in their own context to avoid falling into an idealistic view of the involved citizen per se.

4. Transform the citizen himself
Make it happen that each person is involved in the life of the city, is a participant in its life today and tomorrow.

In fact, the citizens themselves, the city’s inhabitants are dissimilar, asymmetrical, frequently changing, easily influenced, a product of life circumstances and situations which have led them in different ways to be marginalised or passive and to feel socially disconnected or rather to play a role in their city in one form or another, while others are hyper-present, hyperactive, heavily involved based on certain circumstances, and between these attitudes are countless shades and facets. In this fourth imperative, with urban vitality it is essential to create a movement, a frame of mind which I call “active citizenship” which allows citizens to build, live, develop and foster the same type of “intuitu personae” interactivity with their city. This is also what I refer to in my writings when I say “live your city”, “change your city”, “your life is the city”, “you are the city” – slogans that express the notion of “inclusive urban vitality”.

5. Promote ambient intelligence
This last imperative is the product of the 21st century revolution, the ubiquitous digital revolution: “ambient intelligence”, and with it, the connected citizen.

The digital revolution is underway in all corners of the planet. This began a long time ago with the installation of densely knit communication networks and the Internet, to which were added new extension grids for communicating objects, especially smartphones and other ubiquitous devices. In my view, the power of the ubiquitous revolution stems from the fact that objects that were originally technological are becoming social objects with a social use, regardless of how they are connected. They therefore help to produce services that transform our lives and cities.

Users are going beyond the role of citizen and becoming actors connected in real time. They are no longer simple consumers of the Internet but are becoming its actors. This hyperconnectivity of individuals across this diverse world is also creating a new and, until now unknown, state of affairs. Among those who decide to put their connectivity to use by creating social links, a new form of social expression is emerging in which the most advanced citizens can take part. It empowers citizens who are socially connected with a strong civil counterforce. Pressure is exerted on leaders in near-real time and whistleblowers currently live in a state of immediate response, creating unprecedented multiplier effects which at times have an unpredictable social impact.

Could you explain further what ambient intelligence is for you?
Ambient intelligence is a fundamental concept and the backbone of the digital revolution: it is where what distinguishes the birth of the Internet and the Web and what we are beginning to live in this decade of the 21st century converge; ubiquity, distributed intelligence, geolocation and the ability of the masses to react via hyper-connectivity between people and social networks, combined now with the exponential power of the Internet of Things.

As I see it, the current digital revolution is characterised mainly by the widespread presence of digital in every aspect of human activities, thanks to this phenomenon of an unlimited network that is being created and that leads us to conclude that digital is omnipresent. This transversality is making it an important source of opportunities to create value in nearly all areas of activity. To get to the heart of this revolution and the profound changes it implies, we must reinvent digital by designing it based not on technology objects, but on the new uses and services made possible by these objects. We must now change paradigm to ensure that the notion of service design takes on its full force.
The digital man considers himself a connected, expanded, hybridised man when, in reality, he must transcend the technology object itself (for example, the smartphone) in order to embrace a new culture, that of new uses and services, through the applications that help change his relationship with others and with his environment. Google, Facebook, Twitter, WeChat, LinkedIn, Instagram and YouTube, to cite a few very current examples, are above all a revolution in the use and acceptance of new services that alter our relationships with others and with the world in which we live.
The concept of Ambient Intelligence leads us to make a real change in paradigm that puts an understanding of interdependent systems through their interactions at the centre of our activity. This will enable us to invent and reinvent first the uses and services that transform life and create value, yet without forgetting values – in both the economic and ethical sense of the word.

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Is ambient intelligence truly welfare improving?
It transforms indeed the way citizens and metropolises respond to the vital and welfare needs of their inhabitants and the way they confront the problems that plague them.

Through social networks, each person will be able to contribute to the development of public services, and new ways of living are likely to emerge. We are also witnessing a revolution in the types of organisation: little by little, hierarchical and vertical systems are being questioned since, with the current massive and horizontal dissemination of information, each person can acquire skills and take decisions.

In my view, it is crucial to provide this relevant, available and accessible distributed ambient intelligence to the city and its inhabitants at any time and in any place so that it is self-adapting, self-learning, robust, self-repairing and self-reproductive.

From my perspective, our cities, which are complex settings, must become open, evolutionary and adaptive transversal ecosystems that allow man to realise himself.

Energy challenges and the emergence of the carbon-free city demand that sustainable development become the focal point of citizens’ everyday lives. The city of the future, which we are building day by day, is also driven by the crucial need to optimise and pool its resources.

Our duty is to rally stakeholders in cities around the world (leaders, elected representatives, academics, researchers, industry leaders, citizens, etc.) to reflect together and to share our way of seeing things, in a spirit of collaboration and based on a cross-disciplinary approach.

How to place the citizen at the heart of urban Intelligence?
The citizen has to be at the centre of things as an actor, and should be enabled for information, reaction, deliberation, inclusion. “Citizens” shouldn’t be an idealistic or mystical vision, for each citizen evolves and builds himself in a different context, but only the ability to devise a movement – a dynamic – can generate creativity, economic value for society and quality of life.

This notion of use and services for each person has been transformed by the appearance of the social networks, which convert digital networks into a source of informative intelligence, on an individual basis at first but which has also quickly resulted in a formidable chrysalis of collective intelligence without limits of ubiquity, in the spatial as well as the temporal sense. As Michel Serres notes, the space inherent to the notion of neighbourhood disappears in the new world which is taking form with digital technology. This technology provides us with collective information and a certain level of culture at all times and in any place and from anywhere.

A new transformation is underway, another “revolution within the revolution”, with this intangible power projected into our everyday lives, the real world. Or as a well-known Internet acronym would have it: #IRL – In Real Life. However, this transformation would be a mere technocratic chimera if its real driver were not that of transformation by use, that of the function which makes our lives evolve and improve, creating – at any time, in any place – a healthy dose of social bonding, followed by the formation in real life of new relationships between men and women, the governed and the citizens, formal institutional structures and the diffuse, informal and un-structured systems of the digital multitude. It’s first and foremost about transforming the lives of connected citizens into authentic places and real moments of change and transformation.

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Why are urban platforms so important as a source of hybridisation?
Platforms are actually systems that allow us to add, enhance, re-create and contextualise information and, above all, they are what allow us to reconsider and embody the uses and functionalities. They are real areas of enrichment and convergence in which the physical, digital and social worlds come together, and are therefore places where uses can be understood in a different way.

For example, through platforms dedicated to urban mobility, the car is no longer designed as an object in itself, but as a functionality, among others, to get around. In this way, platforms give rise to an essential culture of coming and going between the physical world and the physical world via the digital world: a fertile hybridisation that generates new uses and functionalities.

Through the platform, service conception and design is materialised, which is increasingly at the heart of debates and of which I am a fervent supporter. It is indeed the cornerstone of this fantastic world of technology, which must translate into uses and services by creating social bonds and value and really transforming our cities and lives.

It is essential to think about uses and services and incorporate the notion of service design in order to transform technology into a real social accomplishment, without which it cannot be synonymous with progress and effective use.

Service design, when it is reflected in platforms for doing things in common, allows access to crowdsourcing, open data and crowd contributions, thereby ensuring hybridisation with the physical world through the Internet of Things. In this way it is becoming, more than ever, a path towards the future.

What is the role of the so-called “Internet of Things” in the evolution of innovation?
Thanks to the incorporation of silicon, at present all objects are capable of being connected and communicating. This evolution forces us to view everyday objects with new eyes, for technology endows them with the ability to communicate in an integrated and intelligent fashion. At present, for a total of 7,000 million inhabitants, the number of connected objects in the world is estimated at 6,000 million, and it is forecast that within ten years this figure will multiply by at least 5. The technological possibilities that this trend is opening up to us look almost infinite.
We might say that the objects of the 21st century comprise three distinct components: technique, knowledge and sociability. That’s what, in my opinion, characterises the Internet of Things: every object has a social use, regardless of the way it’s connected.

This socialisation of the connected object also affects what’s known as “the extended body”. For many people, their mobile phone has become a kind of digital prosthesis which is part of, or an extension of, their bodies. In the future, Google Glass and similar technologies will enable us to augment perceived reality, offering us a different vision, augmented by social content, while not exactly correcting our sight. And this is where the novelty lies: once it’s connected, an object – a pair of glasses, for instance – becomes a social object. And that’s exactly the reason why from now on there is no difference between the real physical world and the virtual world: on the contrary, the digital world and its social dimension penetrate the physical world, enabling new uses and services in the physical world. Sharing vehicles makes it possible to reconceptualise mobility via connected objects such as recharging, recharging points and vehicles.

The concept of hybridisation between the physical and digital worlds has to be understood, in my view, in the light of this notion of socialisation. Via the Internet of Things and the extended body, hybridisation allows us to exit the physical world to reinvent it, and propose some totally new uses and services. Hybridisation is nothing new, for mankind has always appropriated space in a creative way, first via technique and then through technology. At present, what’s new is that technology is opening new spaces which connect individuals socially.

If we apply these considerations to the city, we can appreciate just how vast the potential of the Internet of Things is: it’s much more than a refrigerator that reminds us when there’s no butter left. The city is a territory of life, a meeting place, and connected objects represent a tool for making new life experiences emerge, giving rise to unknown forms of uses and services in administration, leisure, healthcare, sociability etc. For example, elderly people will be able to get connected to medical assistance services and social networks dedicated to improving their daily lives.

Nicolas Curien entrevista al profesor Carlos Moreno, en la sede del CNAM, París

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C&S: ¿Qué opina usted de la evolución urbana mundial en la actualidad?

Analicemos primero el contexto general en el que se encuentra una ciudad. En su desarrollo, las ciudades afrontan múltiples desafíos, como la demografía creciente y las necesidades de consumo energético implícitas, la precariedad económica, las diferencias sociales, los recortes en los presupuestos en periodos de crisis, el ingente coste energético, la disminución de los recursos fósiles, la presión mediática, etc… El planeta en el que vivimos tiene más de 7.000 millones de habitantes y, por primera vez en la historia de la humanidad, más del 50% de la población se concentra en núcleos urbanos. Solo en Europa la cifra roza el 77%. Para 2030, se espera que el número de habitantes llegue a los 8.300 millones, de los cuales 5.000 millones vivirán en núcleos urbanos.

La ciudad es un núcleo de vida que se desarrolla con el tiempo, a medida que va creciendo, sus necesidades aumentan y cada vez son más complejas. Este crecimiento exponencial de las ciudades implica un mayor consumo de recursos, lo que debilita aún más un entorno ya de por sí afectado. Surgen nuevas necesidades vitales, concretamente, en el terreno alimentario, climático y de movilidad, entre otros. En consecuencia, se requieren nuevos planteamientos que aborden estos contextos en rápida evolución, en los que la naturaleza se ve amenazada como nunca antes lo había estado. Se impone, pues, una ruptura con los modelos tradicionales a favor de paradigmas que contemplen la transformación de la vida urbana, impulsados por la innovación.

El siglo XXI es la era digital universal por excelencia: ya hay más de 5.000 millones de dispositivos constantemente conectados y, para 2020, se prevé que esta cifra se haya triplicado. Suelo citar, a menudo, el hecho de que solo un smarphone posee la potencia de cálculo utilizada en 1969 para enviar al hombre a la Luna. Esta presencia universal, el alcance actual de la informática, el uso que las personas hacen de Internet y el Internet de las cosas han modificado profundamente las relaciones entre las personas, al margen de su hábitat, usos y costumbres, o del rincón del planeta en el que habiten. Las nuevas tecnologías dejan una marcada huella indeleble en el entorno más inmediato de la vida cotidiana que todos llevamos.

C&S:¿Cuáles son, a su juicio, las prioridades del momento en materia de innovación urbana?

Si nos detenemos a analizar modelos ejemplares de desarrollo de la innovación humana, no entendidos como algo pasajero o como método de comunicación esporádica, sino de manera permanente, y con unos objetivos bien marcados a medio y largo plazo, o sea, como propuestas troncales con visos a mejorar la calidad de vida de los ciudadanos, mi planteamiento se articula en torno a cinco principios clave.

Responder a las necesidades de los ciudadanos

Además de la innovación urbana, hay otro concepto en el que siempre me escudo, y es el de la «inteligencia urbana». Es la esencia de la visión en la que se apoyan mis planteamientos y mis planes de acción. Para mí, la innovación es un elemento clave -aunque no el único- del modelo indispensable para lograr una transformación de la ciudad que mejore la calidad de vida de sus habitantes. Lo resumo en la trilogía «inteligencia inclusiva: urbana, social y tecnológica».

No estoy hablando de una rivalidad permanente para decidir cuál es la tecnología punta del momento, o la ciudad más inteligente o el mayor coeficiente intelectual, como tampoco se trata de conocer la cantidad de medidas emprendidas por este u otro gobierno. Sino de proponer un planteamiento abierto y colaborativo de la construcción de la gestión y mejora de los espacios urbanos utilizados, de sus servicios públicos e infraestructuras, que deben considerar su efecto en el futuro a la hora de adoptar medidas medioambientales, de desarrollo sostenible y de respeto de la diversidad en todas sus formas posibles.
Por tanto, es de vital importancia tener en cuenta la diversidad de los actores implicados en esta trilogía, que sirve de pilar para la transformación de la ciudad «dotada de inteligencia urbana, que incluya socialmente a todos los colectivos y que presente un avance en materia de tecnología». De todo esto se desprende una diversidad de ángulos de planteamiento y de fuentes de propuestas.

Vivir en una ciudad viva

Se trata de la necesidad de desarrollar una dinámica de colaboración, a través de sinergias permanentes entre grandes canteras disciplinares. La vida en la ciudad es compleja, por naturaleza, y dinámica, a la par. Al mismo tiempo, no deja de ser frágil. Como suelo repetir en mis conferencias o ensayos, se trata de vivir en una ciudad viva y expuesta permanentemente a todo tipo de riesgos que repercuten en su futuro. El tejido urbano en el que vive el ciudadano está compuesto por un gran número de sistemas interdependientes.

Por este motivo, cualquier reflexión sobre proyectos urbanos, sobre la inteligencia social y la tecnología urbana al servicio del ciudadano, sobre la capacidad de adaptación y su construcción exigen prácticas transversales con el fin de poder innovar, experimentar y explorar las relaciones existentes entre el espacio público de la ciudad, sus infraestructuras, sus necesidades de desarrollo público y privado, dentro de un marco de evolución permanente, que represente el día a día de millones de ciudadanos al margen del tamaño de una ciudad, ya sea un pequeño núcleo urbano o una gran urbe.

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Fomentar la «vitalidad» urbana

¿Qué propuestas son las más acertadas para un espacio público, dinámico y vivo, que permitan prever su evolución, que respondan a las interdependencias generalizadas y que gocen, además, de aceptación social e impulsen iniciativas en el terreno social que puedan ser apropiadas, incluso en caso de que se produzca una ruptura con otros modelos?

Esta pregunta me lleva a hablar de lo que yo llamo la «vitalidad urbana», es decir, la convergencia de la «ciudad viva», la Living City que yo defiendo, con sus infraestructuras y servicios, por un lado, y sus iniciativas ciudadanas, por otro, para las que es necesario fomentar la participación a través de espacios de intercambio, de debates, de creación, con los ciudadanos que yo denomino «Smart Citizens», pero sin que el término tenga una connotación restrictiva.

La «vitalidad urbana» no puede considerarse de manera idealista, porque cada ciudad se desarrolla a su propio ritmo, en contextos sociales, económicos, políticos, culturales y geográficos muy diferentes. Y no me refiero a países y ciudades distintas, sino dentro del mismo país, de la misma provincia o incluso de una misma ciudad. Porque cada ciudad es, en realidad, una aglomeración de distintas ciudades. Múltiples ciudades, sin lugar a dudas, de las que a veces poco o nada sabemos. Esta fragmentación por sectores del tipo que sea es producto del pasado y debe considerarse dentro de su contexto particular para no caer en un planteamiento idealista y abstracto del ciudadano participativo.

Transformar al propio ciudadano

El punto anterior sirve de enlace con otro principio, el de la inteligencia urbana socialmente inclusiva, o sea, encontrar la manera de transformar al propio ciudadano, es decir, a todos nosotros para que cada uno se implique en la vida de la ciudad y participe en su vida ahora y en el futuro.

Los ciudadanos de una ciudad son distintos, asimétricos y a veces cambiantes, altamente maleables; son el resultado de contextos y situaciones de vida que les han hecho evolucionar de diferente manera y les han llevado a marginarse, a comportarse de forma pasiva, a no sentirse socialmente incluidos, o a todo lo contrario, a apropiarse de tal o cual aspecto de su vida, a tener una presencia excesiva, a ser hiperactivos, a involucrarse altamente. Entre tales extremos hay toda una panoplia de matices y facetas. Al abordar este cuarto principio, hay que dar la misma importancia que tiene la vitalidad urbana a la creación de un movimiento, de un espíritu que yo denomino «la voluntad del ciudadano activo», que permite que el ciudadano construya, viva, desarrolle y nutra la interactividad entre él mismo y su ciudad. Es un concepto al que suelo hacer referencia en mis obras a través de lemas como «vive tu ciudad», «cambia tu ciudad», «tu vida es la ciudad», «la ciudad eres tú», que reflejan la «vitalidad urbana inclusiva».

Fomentar una inteligencia ambiental

Este último principio es claramente fruto de la revolución del s. XXI, hablo de la era digital universal: de la aparición del «clima de inteligencia» y, con él, del ciudadano siempre conectado.

La revolución digital se está produciendo por todo el planeta. Ya hace tiempo que empezó, con la instalación del tupido entramado de redes de comunicación y de Internet, al que se han sumado posteriormente otros entramados más finos, como el de los dispositivos de comunicación, como los smartphones y aparatos similares que encontramos por doquier. A mi modo de ver, el poder de la revolución digital es potenciado por el hecho de que dispositivos, pensados para ser avances tecnológicos, se han convertido en objetos sociales con un uso social, al margen de su modalidad de conexión. De esta manera, han participado en la creación de servicios que transforman nuestras vidas y nuestras ciudades.

Se produce una convergencia entre el mundo físico o real y el mundo virtual, gracias a interfaces hiperactivas conectadas. Los usuarios se reapropian de su función ciudadana y se convierten en actores conectados en tiempo real. Ya no son meros consumidores de Internet, se han convertido en verdaderos protagonistas. Esta conexión excesiva entre personas a través de este vasto universo crea un nuevo estado que hasta ahora no se conocía. Entre aquellos que deciden dar utilidad a su conectividad creando un vínculo social, surge una nueva forma de expresión social, de carácter participativo para los ciudadanos más avanzados. De este modo, los ciudadanos sociales conectados, a veces anónimos, mediante una foto, un tweet o un estatus, adquieren una fuerza que, a la hora de expresarse sobre la vida de la ciudad, pasa la frontera del mundo virtual al real, creando de este modo un potente contrapoder civil. La presión sobre los dirigentes se ejerce prácticamente en tiempo real y los que dan la voz de alerta viven en una actualidad que reacciona inmediatamente, multiplicando la repercusión de forma inédita y con consecuencias sociales a veces imprevisibles.

Esta nueva era del ciberespacio invertido se materializa en nuestras vidas, deja de servir de conexión entre objetos o entre los objetos y los usuarios para instalarse definitivamente en nuestro día a día.

¿Podría definir qué es para usted la inteligencia ambiental?

La inteligencia ambiental es un concepto fundamental, porque constituye el núcleo de la revolución digital: el resultado de la evolución producida desde el surgimiento de Internet y del World Wide Web hasta la primera década del s. XXI. Es la experiencia actual que tenemos, la presencia universal, la inteligencia distribuida, la geolocalización y la capacidad de reaccionar rápidamente todos y cada uno de nosotros a través de una conexión humana excesiva a las redes sociales, a lo que viene a añadirse ahora el poder exponencial de Internet de las cosas.

Para mí, la revolución digital actual se caracteriza principalmente por la presencia indisociable de lo digital en lo más profundo de las actividades humanas, a través de un entramado de evolución ilimitada que se desarrolla y que lleva a la omnipresencia de lo digital. Tal transversalidad supone una importante fuente de oportunidades de creación de valor en prácticamente todos los sectores de actividad. Con el fin de explotar plenamente esta revolución y la profunda transformación que la acompaña, hay que reinventar lo digital, y concebirlo no solo a partir de dispositivos tecnológicos, sino a partir de los usos y nuevos servicios que los hacen posibles. Para que la noción de concepción de servicios encuentre todo su esplendor, hay que cambiar el paradigma actual.

El hombre digital se considera una persona conectada, completa, híbrida, cuando en realidad debería ir más allá de un mero dispositivo (como es, por ejemplo, el smartphone) para apropiarse de una nueva cultura, conformada por nuevos usos y servicios, mediante aplicaciones que ayudan a cambiar la relación con el prójimo y su entorno. Google, Facebook, Twitter, WeChat, LinkedIn, Instagram, YouTube, por citar algunos ejemplos de actualidad, han supuesto ante todo una revolución en el uso y en la aceptación de nuevos servicios que modifican nuestras relaciones con los demás y con el mundo que nos rodea.

El concepto de inteligencia ambiental nos lleva a realizar un verdadero cambio radical del modelo, que pone en el centro de nuestra actividad la comprensión de sistemas interdependientes y de sus interacciones, de manera que podamos inventar y reinventar los usos y los servicios que transforman la vida y aportan valor añadido, sin olvidarnos de las connotaciones éticas y económicas que el término lleva implícitas.

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¿Qué aporta la inteligencia ambiental al bienestar colectivo?

Con el uso de la tecnología concebida como inteligencia ambiental al servicio de los usos en la ciudad, nos adentramos en la primera fase de una marcada tendencia que va a crear servicios y usos radicalmente nuevos, pero que va a transformar también la respuesta de las ciudades y metrópolis frente a las necesidades vitales y a las exigencias de bienestar de sus habitantes, así como su manera de afrontar los problemas que encuentren.

Con las redes sociales todo el mundo podrá participar en la elaboración de servicios públicos y es probable que de ello surjan nuevas formas de vivir. Estamos presenciando una revolución en lo referente a la estructura organizativa: paulatinamente se van cuestionando los sistemas jerárquicos y verticales, porque hoy por hoy, con la difusión masiva y horizontal de la información, todo el mundo puede apropiarse de competencias y tomar decisiones.

Según mi parecer, es muy importante que una ciudad y sus habitantes se beneficien de esta inteligencia ambiental distribuida, pertinente, disponible y accesible en todo momento, instante y lugar para que sea sólida, a la par que maleable y capaz de aprender, enmendarse y reproducirse de forma autónoma.

Yo creo que nuestras ciudades son entornos complejos que tendrán que transformarse en ecosistemas transversales, abiertos, evolutivos y maleables que contribuyan a que sus habitantes se sientan realizados.

Para poder instaurar redes energéticas y de emergencia de la ciudad sin carbono es preciso que el desarrollo sostenible sea una de las prioridades asumidas por los ciudadanos en su vida cotidiana. La ciudad del mañana, la ciudad que construimos día a día nos hace reflexionar sobre la imperante necesidad de optimizar y poner en común los recursos.

En nuestras manos está el poder de movilizar a todos los agentes involucrados en la ciudad (responsables, cargos municipales, profesores universitarios, investigadores, industriales, ciudadanos, etc.) para reflexionar todos juntos y poner en común nuestras opiniones en un clima de colaboración y de forma transversal a escala internacional.
Debemos congratularnos de que esta reflexión ya se haya iniciado y que venga de una comunicad que reflexiona, debate, intercambia opiniones y que, además, comparte buenas prácticas.

¿Cómo poner a los ciudadanos en el epicentro de la inteligencia urbana?

El ciudadano debe ocupar el lugar central en la ciudad del mañana, debe ser protagonista, tener la posibilidad de estar informado, de reaccionar, de debatir un planteamiento que le haga partícipe. No hay que nutrir una visión idealista o anquilosada de los ciudadanos, ya que estos últimos evolucionan y se adaptan a contextos diferentes, pero sí que hay que creerles capaces de participar en un movimiento, una dinámica; capaces de propiciar creatividad y valor añadido en el terreno social, económico y en el de la calidad de vida.

Esta noción de usos y servicios para todos se ha transformado con la aparición de redes sociales, que han convertido las redes digitales en una suerte de alerta informativa que se ha convertido rápidamente en crisol de la alerta colectiva partiendo de fuentes individuales, y omnipresente en el tiempo y en el espacio. Como afirma Michel Serres, en el nuevo mundo diseñado por la tecnología digital desaparece el vecindario de barrio, ya que pone al alcance de todos en cualquier momento información colectiva y un cierto contenido cultural.

Se está produciendo una nueva transformación; una «revolución dentro de la revolución», con la proyección de esta potencia inmaterial en nuestra vida cotidiana, el mundo real, al que se envía archiconocido tag tan usado en las redes sociales #IRL – In Real Life (en la vida real). Por otra parte, esta transformación sería una pura quimera tecnocrática si su verdadero motor no fuera realmente la transformación a través del uso, de la aparición de funciones que hacen que nuestras vidas evolucionen y mejoren, que surja sistemáticamente un cierto grado de vínculo con la sociedad, con el fin de poder tejer en la vida real nuevas relaciones entre hombres y mujeres, los administradores y los administrados, las estructuras institucionales oficiales y los amplios sistemas, informales y desestructurados del dominio digital. Se trata más que nada de hacer de la vida del ciudadano conectado un auténtico lugar de cambio y de transformación.

Con el uso de la tecnología al servicio de los usos urbanos, nos adentramos en la primera fase de una marcada tendencia,que va a crear servicios y usos radicalmente nuevos, pero que va a transformar también la respuesta de las ciudades y metrópolis frente a las necesidades vitales y a las exigencias de bienestar de sus habitantes, así como su manera de afrontar los problemas que encuentren.

Con las redes sociales todo el mundo podrá participar en la elaboración de servicios públicos y es probable que de ello surjan nuevas formas de vivir. Estamos presenciando una revolución en lo referente a la estructura organizativa: paulatinamente se van cuestionando los sistemas jerárquicos y verticales, porque hoy por hoy, con la difusión masiva y horizontal de la información, todo el mundo puede apropiarse de competencias y participar aportando su granito de arena en la elaboración de soluciones.

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¿Por qué las plataformas desempeñan un papel tan importante?

Está claro que las plataformas son sistemas que permiten añadir, enriquecer, recrear, dar un contexto a la información, pero, lo más interesante es que mediante su uso se pueden replantear y representar usos y funciones. Son auténticos puntos de asociación y de encuentro en los que convergen el mundo físico, con el digital y el social; lugares que permiten conocer los usos de otro modo.

A través de plataformas dedicadas a la movilidad en la ciudad, por ejemplo, el coche ya no es un objeto en sí, sino un medio de desplazamiento, entre otros usos. Las plataformas dan vida a una cultura de intercambios entre el mundo físico y virtual a través de lo digital. La hibridación permite generar nuevos usos y funciones.

La plataforma permite concretar la concepción/definición de los servicios, lo que suele ser tema central de debate, por tanto, yo lo defiendo fervientemente. Es la piedra angular de este fantástico universo de la tecnología que tiene que desdoblarse en usos y servicios y crear un vínculo social y de valor, mediante la transformación real de nuestras urbes y nuestras vidas.

Tenemos que pensar en los usos y en los servicios. Es muy importante que asimilemos la concepción de servicios para hacer que la tecnología sea de dominio social. Sin ello no se podrá hablar de progreso, ni de uso eficiente.

La concepción de servicios, cuando se pone en marcha como parte de las plataformas pensadas para un uso común permite acceder a crowdsourcing, a las fechas abiertas y a las aportaciones al público, lo que garantiza una hibridación con el mundo físico a través del Internet de las cosas. De esta forma se convierte en la vía del futuro.

¿Qué papel desempeña el Internet de las cosas en la evolución y la innovación?

El Internet de las cosas -IoT, en inglés- forma parte de la lógica del desarrollo de la revolución digital. La verdadera ruptura se produce con la Web representada y los dispositivos cuya función va más allá de su uso.

Con la llegada del modelo universal, estamos atravesando un periodo de ruptura tecnológica muy marcado. Todos los análisis apuntan a ello, y con razón. Con el uso del silicio en la informática, todos los dispositivos tienen el potencial de conectarse y servir como método de comunicación. Frente a estos avances es inevitable adoptar un nuevo enfoque sobre el uso de los dispositivos que empleamos a diario, ya que la tecnología les otorga funciones de comunicación, de entramado e inteligencia. En la actualidad, existen 6.000 millones de dispositivos conectados en todo el mundo para un total de 7.000 millones de habitantes. Se prevé que dentro de diez años esta cifra se haya quintuplicado. Las posibilidades tecnológicas que se abren ante nosotros parecen prácticamente infinitas.

Los dispositivos del s. XXI integran tres componentes diferentes: técnica, conocimientos y sociabilidad. Esta es, a mi modo de ver, la principal característica del Internet de las cosas, que al margen del método de conexión, cualquier dispositivo tiene ahora un uso social.

Esta democratización del dispositivo conectado hace referencia a lo que conocemos como «la prolongación del cuerpo». El teléfono móvil se ha convertido para mucha gente en una especie de prótesis digital; en una prolongación del cuerpo. El día de mañana unas gafas Google o cualquier otra invención similar, aunque no nos corrijan la miopía, nos permitirán aumentar la realidad percibida y darnos una visión diferente y ampliada a través de contenidos sociales. En eso radica la novedad, al estar siempre conectado, un objeto como un par de gafas adquiere un matiz social. Por esta razón ya no hay oposición entre el mundo físico real y el mundo virtual: todo lo contrario, el mundo físico va atravesado por el mundo digital y su dimensión social, lo que permite crear nuevos usos y servicios en el mundo físico. Subir contenidos y compartirlos públicamente, por ejemplo, hace reflexionar sobre la movilidad a través de los dispositivos conectados, como los cargadores, los puntos de recarga, los vehículos, etc.

La noción de socialización no está completa sin incluir el concepto de hibridación entre el mundo físico y el digital. Porque la hibridación parte de un mundo físico para reinventarlo a través del Internet de las cosas y la prolongación del cuerpo, al proponer usos y servicios completamente nuevos. La hibridación no es nada nuevo, el hombre tiene el don de apropiarse del espacio de manera creativa, a través de la técnica, en primer lugar, seguida de la tecnología. La novedad aquí radica en que la tecnología abre espacios nuevos, lo que une socialmente a los individuos.

Asimismo, trasladados estos fundamentos a la urbe, apreciamos el tremendo potencial que tiene el Internet de las cosas, que no se limita a un dispositivo incorporado en un frigorífico que nos avise cuando se nos acabe la mantequilla. La ciudad es territorio de vida y de encuentros, los dispositivos conectados son una herramienta para permitir que surjan nuevas experiencias de vida que, a su vez, impulsen nuevos usos y servicios inéditos, en el terreno administrativo, de ocio, de la salud y lo social, entre otros. Por ejemplo, los ciudadanos de la 3ª edad pueden conectarse a servicios de atención médica y a redes sociales afines creadas para mejorar su calidad de vida cotidiana.