Dans ce monde de transition du XXe au XXIe siècle, la pensée utopique de ce penseur humaniste mérite d’être redécouverte.

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Dans ces temps troubles de « la post vérité », de la manipulation, de l’intolérance, du rejet de l’autre, de l’autoritarisme et du repli sur soi, le dernier texte de l’année 2016, je le dédie au 500e anniversaire de l’invention de l’UTOPIA [1], par Thomas More.

Rendons hommage à un humaniste qui a voulu décrire une société paisible, où travail, repos et plaisirs s’équilibrent, où la fraternité règne, où les hommes croient dans les dieux de leurs choix, en vivant libres et en harmonie avec la nature. C’est dans cet île baptisée Utopia, du nom du chef des romains Utopus, qu’un système vertueux de vie heureuse fut bâti, après qu’il eût échoué sur cette terre. Thomas More était un fervent catholique, rempli d’espoir dans l’homme et convaincu de la valeur de la démocratie dans une société humaine. Il pensait que son accomplissement était du ressort de l’engagement de ceux qui vivent en société et non pas issu d’une intervention divine. Il décrit aussi les limites et faiblesses de la nature humaine, déteste les guerres, préconise la transparence ainsi que la punition pour ceux qui commettent des crimes et émet le souhait d’une société idéale, bâtie par l’homme au service des hommes. Sa société idéale est plus un appel au réveil de la conscience humaine créatrice et salutaire, qu’un appel à la révolte : « Je le souhaite plus que je ne l’espère ».

Avec Erasmus, son ami indéfectible, qui avait écrit « L’éloge de la folie », admirateur de l’humaniste italien Pic de la Mirandole, il est porteur d’un humanisme qui a des valeurs universelles, se ressourçant dans l’antiquité de Platon et sa « République » en apportant à la Renaissance l’espérance d’un monde meilleur, dans une époque qui se débattait avec des particularismes de toute sorte, replis nationaux, littératures locales, divisions et schismes isolationnistes.

Amoureux de la pensée humaine

Devenu grand Chancelier du Royaume d’Angleterre, défenseur du Pape et de l’unité de l’Eglise catholique et s’opposant à ce que le roi d’Angleterre soit également le chef de l’Eglise anglicane, il fut accusé de haute trahison, jugé et décapité en 1535. Son œuvre, écrite en latin, s’est surtout répandue quelques années après sa mort, avec ses traductions en multiples langues modernes pour acquérir une influence mondiale dans la pensée sociale et ce jusqu’à nos jours. Ironie de l’histoire, en 1935, deux ans après l’arrivée de Hitler au pouvoir, quand le parti nazi commence à répandre sa haine comme socle de sa gouvernance, et 400 ans après sa mort, Thomas More fut canonisé.

Pour cet amoureux de la pensée humaine « Utopie », du grec « topos », étymologiquement un « non lieu », est une île avec de proportions infinies, qui n’existe pas sur une carte. Mais il est question aussi du lieu platonicien (la Khôra) dans lequel s’inscrit notre existence, le territoire de la vie, de l’être social, celui du « Polis » toujours en grec, du « Civis » en latin. Cette « Utopie » nous rappelle « l’écoumène » d’Eratosthène, quand l’homme découvre sa terre, avec la prise de conscience que l’homme et nature sont la même expression de la vie et que les relations sociales entre les hommes eux-mêmes et la nature sont interdépendants.

Bien des utopies sont encore vivantes aujourd’hui,

L’œuvre de Thomas More, inspiratrice de nombreux courants de pensées, a traversé le temps. L’utopie est devenue le rêve impossible, dans le langage courant. Mais les temps modernes ont engendré son contrepoint, la dystopie, quand le rêve d’un idéal paisible devient un cauchemar. En effet, l’utopie fut reprise par Rabelais, Voltaire, Babeuf, Saint Simon, Fourier, Proudhon, Marx, Engels, entre autres. La philosophie et la littérature utopiques originelles de Thomas More ont été réinterprétées par la pensée politique marxiste du XIXe siècle découlant sur les expressions totalitaires du communisme du XXe siècle. Hélas, un univers bien lointain, antinomique, de ce que l’humaniste Thomas More avait pu imaginer pour son île.

Pour autant bien des utopies sont encore vivantes aujourd’hui, nourrissant multiples projets et espoirs au travers le monde.

Il n’en reste pas moins que 500 ans après sa publication, la pensée utopique humaniste mérite d’être redécouverte. Dans ce monde de transition du XXe au XXIe siècle, miné par les nationalismes, le rejet de l’autre, la démagogie, les populismes de toutes sortes, le poids des religions pratiquées avec intolérance, la cohorte du racisme et de la xénophobie qui gagne du terrain partout, sans compter l’exclusion sociale de notre monde devenu urbain et le déracinement humain de nos vies citadines, il est certainement bénéfique de se ressourcer dans cette pensée, pour régénérer ces valeurs universelles, indispensables pour notre survie aujourd’hui.

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[1] Titre original de son texte : « De optimo Reipublicae statu deque nova insula Utopia libellus vere aureus, nec minus salutaris quam festivus », « Du meilleur état de la chose publique et de l’île nouvelle d’Utopie, un précieux petit livre non moins salutaire que plaisant ».

500 años tras la publicación de «Utopía», homenaje a Tomás Moro

En este tiempo problemático de la «post-verdad», de la manipulación, de la intolerancia, del rechazo al otro, del autoritarismo y del aislacionismo, el último texto del año 2016, lo dedico al 500 aniversario de la publicación de “UTOPÍA [1] ”, por Tomás Moro.

Rindamos homenaje a un humanista que quiso describir una sociedad afable, donde el trabajo, el descanso y el ocio se equilibran, donde reina la fraternidad, donde los hombres crecen en función de su libre arbitro y viven libres y en harmonía con la naturaleza. Es en esta isla bautizada como “Utopía”, llamado así por el líder romano Utopus, donde se construyó un sistema de vida virtuoso, después de que hubiese naufragado en esta tierra. Tomás Moro era un ferviente católico, lleno de esperanza en el hombre y convencido del valor de la democracia en una sociedad humana. Él pensaba que su éxito radicaba en el compromiso de aquellos que viven en sociedad y no producto de una intervención divina. Él describió también los límites y debilidades de la naturaleza humana, detestó las guerras, y preconizó la transparencia al igual que el castigo para aquellos que cometen los crímenes y expresó el deseo de una sociedad ideal, fundada por el hombre y al servicio de los hombres. Su sociedad ideal es mas una llamada al despertar de la consciencia humana creativa y saludable, que un llamamiento a la revuelta: “Yo lo deseo, más que esperarlo”.

Con Erasmo, su indefectible amigo, que escribió “El elogio de la locura”, admirador del humanista italiano Pic de la Mirandole, es portador de un humanismo que tiene valores universales, se nutre de Platón y de su “República” trayendo al Renacimiento la esperanza de un mundo mejor, en una época que se debate entre las particularidades de todo tipo, nacionalismo, literatura local, divisiones y esquemas aislacionistas.

Convertido en Lord Canciller del Reino de Inglaterra, defensor del Papa y de la unidad de la Iglesia católica y opositor de que el rey de Inglaterra fuese igualmente el jefe de la Iglesia anglicana, fue acusado de alta traición, juzgado y decapitado en 1535. Su obra, escrita en latín, fue conocida sobre todo unos años después de su muerte, con su traducción en múltiples lenguas modernas para adquirir una influencia mundial en el pensamiento social y así, hasta nuestros días. Ironías de la historia, en 1935, dos años después de la llegada de Hitler al poder, cuando el partido nazi comenzó a difundir el odio como símbolo de su gobierno, y 400 años después de su muerte, Tomás Moro fue canonizado.

Para este enamorado del pensamiento humano “Utopía”, del griego “topos”, etimológicamente un “no lugar”, es una isla con proporciones infinitas, que no existe en ningún mapa. Pero está relacionado con el lugar platónico (la Khôra) en el que se inscribe nuestra existencia, el territorio de la vida, el bienestar social, el de la “Polis” también en griego, del “Civis” en latin. Esta “Utopía” nos recuerda “la ecúmene” de Erastótenes, cuando el hombre descubre su tierra, con la toma en consciencia de que el hombre y su naturaleza son la misma expresión de la vida y de que las relaciones entre los propios hombres y la naturaleza, son interdependientes.

La obra de Tomás Moro, inspira numerosas corrientes de pensamiento, a lo largo del tiempo. La utopía se convierte en el sueño imposible, en el lenguaje corriente. Pero los tiempos modernos han generado un contrapunto, la distopia, cuando el sueño ideal se convierte en una pesadilla. En efecto, la utopía fue tomada por Rabelais, Voltaire, Bebeuf, Sant Simon, Fourier, Proudhon, Marx, Engels, entre otros. La filosofía y la literatura utópicas originales de Tomás Moro han sido reinterpretadas por el pensamiento político marxista del Siglo XIX, bajo las expresiones totalitarias del comunismo del siglo XX. Por desgracia, un universo distante, antinómico, del que el humanista Tomás Moro imaginó para su isla.

Sin embargo, muchas utopías siguen vivas a día de hoy, alimentando múltiples proyectos y esperanzas a lo largo del mundo.

El hecho es que tras 500 años desde su publicación, el pensamiento utópico humanista merece ser redescubierto. En este mundo de transición del siglo XX al XXI, minado por los nacionalismo, el rechazo al otro, la demagogia, los populismos de todo tipo, el peso de las religiones practicadas con intolerancia, la exclusión social de nuestro mundo convertido en urbano y el desarraigo urbano de nuestras vidas ciudadanas, es ciertamente positivo poder profundizar en este pensamiento, para regenerar estos valores universales, indispensables a día de hoy para nuestra supervivencia.

[1] Titulo original de su texto: «De optimo Reipublicae statu deque nova insula Utopia libellus vere aureus, nec minus salutaris quam festivus», «Del mejor estado de la cosa pública y de la isla nueeva de Utopia, un precioso corto libro, no menos saludable que placentero»