À la Saint Valentin, dans quel genre de ville voulons-nous vivre ? (FR, ES)

À grand renfort de marketing, la Saint Valentin inonde l’espace urbain planétaire. Cette fête nous invite à manifester notre élan amoureux. Celui-ci est du ressort de l’intimité et du libre choix de chacun, il n’en reste pas moins que la vie urbaine est un élément majeur dans son succès.

Carlos Moreno Tribune femme St Valentin

La naissance de la ville, après la sédentarisation de l’homme, s’est accompagnée de sa figure protectrice et “nourricière”. Les rôles traditionnels assignés, la femme au foyer, s’occupant des enfants et de l’intendance, l’homme au travail ont été les premiers repères, principes bâtisseurs d’un monde urbain ségrégatif, fait par les hommes pour les hommes. La puissance masculine de la voiture, le confort du trajet pour aller au bureau, les bistrots autour pour se retrouver entre amis avant de rentrer chez soi.

Pour citer le chercheur Yves Raibauld : « C’est un urbanisme d’hommes, le XXème siècle. C’est à dire que la civilisation de l’automobile, l’architecture sur dalles, les grandes avenues, tout ça, c’était construit par des hommes. C’était une architecture d’hommes blancs des classes supérieures qui envisageaient comment aller de leur résidence de campagne à leur bureau en pouvant garer leur auto le plus près possible, et avoir tout le confort dans les cités. Et là, on voit bien comment cette architecture vieillit mal ».
Un univers urbain masculin a longtemps façonné la ville, aussi bien dans sa gouvernance que dans sa conception et réalisation.

Les bouleversements sociétaux liés aux combats féministes dans les dernières décennies sont venus modifier la donne en profondeur.

Mais quid du monde urbain ? Peut-on affirmer aujourd’hui en 2015, que l’espace urbain soit au moins neutre, voire universel, accessible et disponible à tous et à toutes ? Les espaces publics, les rues, les parcs, les lieux chantés par les poètes et Brassens avec « ses bancs publics et ses amours bien sympathiques », sont-ils un vrai lieu de sociabilité et de mixité ?

La réalité est que nos villes, en France et ailleurs, sont des lieux dans lesquels s’incarnent les enjeux de vie qui restent fortement influencés par le genre. Au travers du temps, l’usage de l’espace public en particulier, répond à une claire codification dans ce sens.

De la publicité en ville, cherchant majoritairement à perpétuer une image asservie de la femme à la puissance masculine, jusqu’à l’expression dans la rue en France de la Manif pour Tous, se posant en défenseurs de l’hétérosexualité, comme seule expression sociale valable de l’amour et du désir, c’est le fait urbain qui est au cœur de cette expression publique :

  • La publicité sexiste en ville, objet permanent de mises en gardes, reflète les tendances dominantes qui consistent à faire naître des pulsions de consommation dans nos univers urbains ;
  • La Manif pour Tous a prétendu être le rempart d’un code du bien-être hétérosexuel. Ce mouvement s’est érigé en pourfendeur des couples homosexuels à disposer de leurs droits civils dans la vie et l’espace public. Bien que touchant la vie nationale, cette tendance sociétale a pour cible un mode de vie qui s’exprime de façon ouverte dans un quotidien urbain.

Dans le même temps, et c’est un fait majeur, avec le numérique, les réseaux sociaux sont venus aussi modifier l’expression de la relation amoureuse au XXIème siècle, qu’elle soit éphémère ou durable, et en particulier en ville. L’éclosion, la multiplication et le succès de toute sortes de réseaux de rencontres, géolocalisés et en temps réel, disposant de puissants moteurs d’inférence, de « matching », voire d’analyse d’images, traduisent un nouveau mode d’expression du code amoureux, qui bouleverse les conventions de rencontres. Que l’un des plus grands hacking de 2015 ait été celui du réseau de rencontres Ashley Madison, est, à cet égard, symptomatique.

Dans le magnifique texte « Les femmes et la ville. Pour une géographie sociale du genre », du professeur et géographe Guy di Méo, il précise que « dans une ville européenne, aucun lieu ne paraît vraiment inaccessible aux femmes, de même qu’aucun n’est interdit aux hommes. D’où ce sentiment de déterritorialisation du genre qui rejoint certaines considérations sur l’évolution de nos sociétés urbaines vers une indifférenciation des sexes, vers l’androgynie, le queer, la queerness. Cependant, les choses ne sont pas si simples, et la thèse des murs invisibles demeure pertinente. L’opposition espace public/espace privé n’est pas uniquement topographique et politique, elle génère aussi des rapports sociaux de genre différenciés ».

Dans la vie urbaine, la réalité est que l’usage de l’espace public continue à traduire pour l’essentiel l’expression de codes sexués, issus des pratiques dominantes masculines. Cela va des noms de rues, par exemple, à l’usage très typé des équipements urbains. Une proportion de 2/3 hommes, 1/3 femmes, pour citer la thèse de la sociologue Edith Maruéjouls, sur l’usage féminin de la ville et qui nous rappelle le chemin qui reste à faire. Elle précise en particulier les inégalités de genre dans l’usage des espaces dédiés au sport et dans les pratiques de loisirs des jeunes, filles et garçons.

Les hommes et les femmes ne se déplacent pas de la même façon dans la ville, n’utilisent pas les mêmes lieux, n’y ont pas les mêmes rôles, ne sont pas exposés aux mêmes difficultés, les questions sécuritaires ne se posent pas de la même façon pour les femmes et les jeunes filles, de jour et de nuit. Les espaces publics, parcs, rues et autres lieux sont ouverts à tous, dans les environnements urbains mais il est aisé de constater souvent également l’absence de présence féminine par le sentiment d’insécurité, « facteur numéro 1 de non-mixité » en ville, tel qu’exprimé par l’association Genre et Ville dirigée par la chercheuse Chris Blache.

Les espaces publics et l’usage qui en est fait sont un exemple intéressant de comment la ville est appréhendée différemment. Les impératifs de la “conciliation” entre les sphères professionnelles et familiales incombent toujours prioritairement aux femmes. Les déplacements des femmes restent fortement liés à des activités en lien avec le foyer et les enfants, et se traduisent par une plus forte dépendance de la voiture.

Au delà d’un enfant, le transport en vélo devient plus difficile à gérer. En cas de maladie également, la prise de transports en communs se complexifie également. Lidewij Tummers, urbaniste, Faculté d’architecture TU Delft, Pays-Bas propose d’aborder le genre dans la ville comme une force innovatrice d’urbanisme pour une meilleure compréhension de l’interaction entre environnements humains, social et physique. « Les relations que nous avons avec les villes où nous vivons sont fortement inégales. Le même milieu urbain qui crée l’occasion pour se lier entre certains, crée aussi de la discrimination même écrasante pour d’autres. Parfois elles ne sont pas visibles mais elles sont présentes. Elles obèrent la capacité de partage de la ville et c’est la ville même dans sa conception et dans le développement du milieu urbain qui aide à créer et à structurer ces inégalités ».

Les marches exploratoires initiées à Toronto en 1989, par le Metropolitan Action Committee on Violence against Women and Children de Toronto avaient pour but d’évaluer le degré de confort et de sécurité que vivent les femmes dans l’espace public urbain. Elles sont un outil pour diagnostiquer les conditions d’aménagement d’un territoire avec des observations faites sur le terrain. Une pratique qui se répand de plus en plus, pour encourager l’implication dans la ville locale, et la pratique de la démocratie participative au féminin.

Rien que la gestion des arrêts de nuit de bus à la demande, tel que le fait la ville de Montréal, pour les femmes voyageant seules, représente une prise en compte de ces inégalités à vaincre dans un usage de la ville.

Depuis 2006, avec le Prix de thèse sur les études de genre, la Ville de Paris encourage la recherche sur les relations femmes/hommes. « La ville coté femmes » est une initiative d’un collectif de chercheuses et artistes pour aborder l’idée du corps des femmes dans l’espace public. Mais à l’heure de #JamaiSansElles, rappelons aussi que seulement 16% des maires de France sont des femmes et elles sont uniquement 6 sur les 42 villes de plus de 100 000 habitants, (Paris, Nantes, Lille, Rennes, Amiens, Aix-en-Provence).

Et pourtant, pour citer le blog de l’architecte Meredith combien de Pritzker Prize, le prix Nobel d’architecture ou de Grands prix de l’Architecture décernés à des femmes ? Zaha Hadid, lauréate il y a 12 ans en 2004, Kazuyo Sejima en 2012 soit deux femmes en 36 éditions Grand prix de l’Architecture : Anne Lacaton, en 2008, soit une femme en 26 éditions.

N’oublions pas également l’exemple pionnier de Renée Gailhoustet, bâtisseuse de l’architecture sociale des années 70, et ses propositions en faveur de la multiplicité : « chaque habitant doit pratiquer la ville à sa manière ». Elle œuvrait déjà pour de belles ambitions urbaines et pour donner de la vie et de la mixité à nos villes. Une génération des femmes architectes–urbanistes. L’égalité femmes hommes dans l’espace public, est un combat essentiel pour la transformation de nos vies urbaines.

En #SanValentín, ¿en #Ciudades de qué género queremos vivir?

Una gran exhibición de marketing, la de San Valentín, inunda el espacio urbano planetario. Esta fecha nos invita a manifestar nuestro sentimiento amoroso. Este es un asunto propio de la intimidad y de la libre elección de cada cual, pero la vida urbana es un factor mayor del éxito mundial de esta fiesta.

El nacimiento de la ciudad, después de la sedentarización del hombre, ha sido acompañado de su figura protectora y «alimentadora». Los roles tradicionales asignados, la ama de casa se ocupa de los niños y del cuidado del hogar, el hombre trabaja, han sido los primeros marcadores, principios constructores de un mundo urbano segregador, hecho por los hombres para los hombres. El poder masculino del coche, el confort de camino a la oficina, los bares para reunirse con los amigos de camino a casa.

Por citar al investigador Yves Raibauld: «El siglo XX, es un urbanismo de hombres. Es decir, que la civilización del automóvil, la arquitectura del pavimento, las grandes avenidas, todo esto, ha sido construida por los hombres. Se trata de una arquitectura de hombres blancos de clases altas que consideraban cómo poder tener su residencia de campaña en su oficina, poder aparcar su coche lo más cerca posible, y tener todo el confort de las ciudades. Y aquí podemos ver cómo esta arquitectura está envejeciendo mal».

Un universo urbano masculino que ha dado forma a la ciudad, tanto en su gobierno, como en su concepción y construcción.

Las revoluciones sociales que han tenido lugar con la lucha feminista en las últimas décadas han modificado esta situación en profundidad.

Pero ¿qué pasa con el mundo urbano? Podemos decir hoy en 2015, que el espacio urbano es al menos neutral, si no universal, accesible y disponible para todos y todas? Los espacios públicos, las calles, los parques, los lugares cantados por los poetas y de ellos Georges Brassens « con sus bancos públicos y sus amores muy simpáticos », ¿son un verdadero lugar de socialización y mezcla?

La realidad es que nuestras ciudades, en Francia y en general , son los lugares en los que se encarnan los retos de vida que siguen fuertemente influenciados por el género. A lo largo del tiempo, el uso del espacio público en particular, responde a una clara codificación en este sentido.

Desde la publicidad en la ciudad, – tratando de perpetuar la imagen de una mujer sometida al poder masculino -, hasta la expresión en las calles de Francia del movimiento “La Manif para Todos” (y sus equivalentes en otros países), – que se hacen pasar por defensores de la heterosexualidad como la única expresión social válida del amor y el deseo- , es el hecho urbano el que está en el corazón de esta expresión pública:

  • La publicidad sexista en la ciudad, objeto permanente de controversias, refleja las tendencias dominantes impulsando el consumo masculino en nuestro mundo urbano.
  • El movimiento “La Manif para todos”, afirmó ser el estandarte de un movimiento de bienestar heterosexual. Este movimiento se ha erigido en adversario total que las parejas homosexuales tengan sus derechos civiles en la vida y el espacio público. A pesar de que esto afecta la vida nacional, esta tendencia social se ha centrado en un estilo de vida que se expresa abiertamente en la cotidianeidad urbana.

Al mismo tiempo, y esto es un hecho nuevo, con el digital, las redes sociales han modificado la expresión de la relación amorosa en el siglo XXI, ya sea esporádica o duradera, especialmente en la ciudad. La eclosión, multiplicación y el éxito de todo tipo de redes de encuentros, geolocalizadas y en tiempo real, con potentes motores de inferencia, de «matching», o análisis de imágenes, se traducen en un nuevo modo de expresión del código amoroso que revolucionan las citas convencionales. Que uno de los mayores hackeos de 2015 haya sido la red de encuentros amorosos de Ashley Madison, es, a este efecto, sintomático.

En el magnífico texto «Las mujeres y la ciudad. Por una geografía social del género» del profesor y geógrafo Guy di Méo, él precisa que: «En una ciudad europea, ningún lugar es verdaderamente inaccesible para las mujeres, al igual que ningún lugar está prohibido para los hombres. De ahí el sentimiento de desterritorialización del género que albergan ciertas consideraciones sobre la evolución de nuestras ciudades urbanas hacía a una diferenciación de sexos, hacía la androginia, lo extraño, la rareza. Sin embargo, las cosas no son tan simples, y la tesis de los muros invisibles sigue siendo relevante. La oposición espacio público/privado no es tan solo topográfico y político, sino que también produce relaciones de género diferenciadas».

En la vida urbana, la realidad es que el uso del espacio público sigue reflejando principalmente la expresión de los códigos de género, a partir de prácticas masculinas dominantes. Además de en el nombre de las calles, esto se refleja en los equipamientos urbanos. Una proporción de 2/3 de hombres y 1/3 de mujeres, por citar la tesis de la socióloga Edith Mauréjouls, sobre el uso femenino de la ciudad y que nos recuerda el trabajo que queda por hacer. Ella precisa particularmente las desigualdades de género en el uso de los espacios dedicados al deporte y las prácticas de ocio juvenil, de niños y niñas.

Los hombres y las mujeres, no se mueven de la misma manera por la ciudad, no utilizan los mismos lugares, no tienen las mismas funciones, ni están expuestos a las mismas dificultades, las cuestiones de seguridad no se afrontan de la misma manera por las mujeres y las chicas, de día y de noche. Los espacios públicos, parques, calles y otros, están abiertos a todos, en el entorno urbano pero es también fácil a menudo constatar la ausencia de presencia femenina por el sentimiento de inseguridad, “factor número 1 de no mezcla” en la ciudad, tal y como expresa la asociación Género y Ciudad dirigida por la investigadora Chris Blache.

Los espacios públicos y el uso que se haga de ellos son un ejemplo interesante para comentar que la ciudad se aborda de diferente manera. Los imperativos de la “conciliación” entre las esferas profesionales y familiares que aún realizan principalmente las mujeres. Los desplazamientos de las mujeres están fuertemente vinculados a estas actividades vinculadas con el cuidado de los niños, y se traducen en una mayor dependencia del coche.

Más de un hijo de baja edad, transportar los niños en bici se vuele mas difícil de gestionar. En caso de enfermedad, igualmente, utilizar el transporte público se complica.

Lidewij Tummers, urbanista, Facultad de arquitectura de TU Delf, Países Bajos, propone abordar el género en la ciudad como una fuerza innovadora del urbanismo para una mejor comprensión de la interacción entre los entornos humanos, sociales y físicos. “Las relaciones que tenemos con las ciudades donde vivimos son fuertemente desiguales. El mismo entorno urbano que crea oportunidades para la unión entre algunos, crea también discriminación abrumadora para otros. A veces no son visibles, pero están presentes. Dificultan la capacidad de compartir la ciudad y es la ciudad misma en su concepción y en su desarrollo del entorno urbano quien ayuda a crear y estructurar estas desigualdades”.

Las Marchas de Exploración iniciadas en Toronto en 1989 por el Metropolitan Action Committee on Violence against Women and Children de Toronto en Toronto estaban destinadas a evaluar el nivel de confort y seguridad que enfrentan las mujeres en el espacio público urbano.

Son una herramienta para el diagnóstico de las condiciones de desarrollo de un territorio con observaciones sobre el terreno. Una práctica que se está extendiendo cada vez más para fomentar la participación de la población local y la práctica de la democracia participativa entre las mujeres.

El hecho de gestionar las paradas bus nocturno bajo petición, tal y como hace la ciudad de Montréal, para las mujeres que viajan solas, representa una toma en consideración en la superación de estas desigualdades en el uso en la ciudad.

Desde 2006, con el Premio de Tesis sobre los Estudios de Género, la ciudad de Paris fomenta la investigación en las relaciones mujeres/hombres. “La ciudad del lado de la mujer” es una iniciativa de un colectivo de investigadoras y artistas para abordar la idea del cuerpo de las mujeres en el espacio público. Pero en el momento de #JamaiSansElles recordamos también que solamente el 16% de los alcaldes de Francia son mujeres y son únicamente 6 en las 42 ciudades de más de 100.000 habitantes (Paris, Nantes, Lille, Rennes, Amiens, Aix-en-Provence). ¿Y en su país amigo lector?

Termino citando «el blog de la arquitecta Meredith» ¿Cuándo ha sido el premio Pritzker, el Nobel de la arquitectura, o el Gran premio de la Arquitectura otorgados a mujeres? En el Pritzker, Zaha Hadid, laureada hace doce años, en 2004, y Kazuyo Sejima, en 2012, son dos mujeres 36 ediciones. En el Gran Premio de Arquitectura: Anne Lacaton, en 2008, representa una mujer en 26 ediciones.

No olvidemos tampoco el ejemplo pionero de la francesa Renée Gailhoustet, fundadora de la arquitectura social de los años 70, y sus propuestas en favor de la diversidad: «cada habitante debe practicar la ciudad a su manera». Ella ya estaba trabajando con hermosas ambiciones urbanas y para dar vida y diversidad a nuestras ciudades. Una generación de mujeres arquitectas-urbanistas.

La igualdad entre mujeres y hombres en el espacio público, es un combate esencial para la transformación de nuestras vidas urbanas.

2017-04-08T07:23:57+00:00 17 February 16|Articles (español), Non classé|