Réinventer La Seine : de la vertu des histoires d’eau et de villes (FR, ES)

La Seine, l’un des fleuves les plus connus dans le monde, source d’inspirations tout au long de son passage, reste attachée à l’identité de Paris et de sa région. Du 7 au 12 mars, la Seine avec l’opération « EU Sequana 2016 », fut l’objet d’une mobilisation inédite de grande ampleur à Paris et 6 autres lieux proches de 4 départements franciliens concernés.

Réinventer la seine

Sequana était le nom donné par César au Ier Siècle avant JC pour designer la Seine. Lors de sa traversée de Paris, elle reste une menace quand on évoque la probabilité d’une nouvelle grande crue, comme celle d’il y a cent ans, en 1910. Certes, évaluée par les études à une chance sur 100, elle pourrait néanmoins donner lieu à un bouleversement majeur dans la vie de Paris et dans son environnement urbain métropolitain. Electricité, eau, transports, ravitaillements, Paris, les pieds dans l’eau, serait en proie à des difficultés graves. La vidéo en 3D de la simulation de la montée des eaux dans Paris, présente ce que serait une telle situation. L’OCDE évalue à 30 milliards d’euros l’impact potentiel de dommages. Le printemps 2013 a déjà marqué un point de vigilance quand en Seine amont, les nappes phréatiques et les barrages ont atteint leurs seuils d’alerte.

La résilience : un problème commun pour plusieurs villes

Presque de manière concomitante, cette semaine à Barcelone, un événement majeur a lieu, la Barcelone Resilience Week. Organisé par le programme City Resilience de UN Habitat et la ville de Barcelone, il s’agit de faire le point sur la capacité d’amélioration de la résilience dans nos contextes urbains face aux impacts multirisques, y compris ceux liés au changement climatique. Faisant parti de ces enjeux urbains, les villes menacées par une montée des eaux fluviales nous rappellent le rôle clé de la résilience dans ce siècle urbanisé.

Le rapport de l’OCDE de 2014 concernant la Seine et Paris précise l’exposition que « le risque et la vulnérabilité qui en résulte ont été accrus concomitamment par l’urbanisation croissante du premier bassin économique français ainsi que la construction de nombreuses zones d’activités et d’infrastructures critiques (transport, énergie, communication, eau) le long du fleuve. L’interdépendance de ces réseaux les uns avec les autres, l’interpénétration des chaînes de production et leur fonctionnement en flux tendu, le rôle clé de la mobilité des personnes et des échanges pour le dynamisme de l’économie, l’urbanisation et la concentration des populations et des capitaux sont autant de facteurs d’accroissement de la vulnérabilité des sociétés modernes aux chocs ».

En même temps, un autre événement historique vient apporter ce 14 mars un nouveau regard sur la Seine. Après le succès du concours international « Réinventer Paris », un nouveau concours ambitieux et original, « Réinventer la Seine », est lancé sous la forme d’un « appel à projets innovants » concernant une quarantaine de sites sur les rives de la Seine et de ses canaux. Portée par la ville de Paris, avec celles de Rouen et Le Havre, une nouvelle étape dans la disruption de la conception de l’urbanisme a ainsi lieu. Multi-sectorielle, mult- fonctionnel, transdisciplinaire, écosystémique, collaboratif, ce projet s’inscrit dans une démarche de valorisation d’un patrimoine commun, La Seine, à l’aube d’un espace urbain de Grande Métropole à construire, de Paris jusqu’à son embouchure au Havre, pour le repenser comme un grand territoire de vie, d’usages et de services.

L’importance des fleuves sur le développement des cités

À travers l’histoire des villes, les fleuves ont joué un rôle majeur dans la construction de leur identité urbaine. Les relations entre les villes et les fleuves, le développement de leur tissu urbain, économique, industriel, culturel, patrimonial, logistique, ont été de nature ambivalente. L’emprise dominante de l’homme dans son projet urbain est venue souvent assécher nos fleuves et déshydrater nos villes. L’approche fonctionnelle de l’eau a donné lieu à des zones portuaires à usages commerciaux ou industriels, séparés de la ville, voire difficilement accessibles.

Les rapports entre les fleuves et les hommes dans les villes ont ainsi été marqués par un lien réducteur, opportuniste, souvent limité par sa perception comme point de passage, localisé, et circonscrit à des enjeux anthropiques ; ceux de développer la ville avec la puissance de l’homme et son économie, via la prédominance du bâti. Le paradigme dominant fut de construire la ville, rendant invisible la nature et avec elle l’eau, en faisant des bâtiments, des routes et des infrastructures urbaines. La ville fut livrée par la suite à l’âge du pétrole, à la voiture, ses boulevards, ses avenues, ses quais, ses voies rapides. Le fleuve a de fait perdu son caractère vivant, devenant dans les meilleurs des cas, un objet d’ornement, un lieu de contemplation pour se prélasser, mais distant de l’homme urbain dans tous les sens du terme.

Le souvenir s’est estompé, mais nous devons nous rappeler par exemple d’un autre cours naturel qu’il y a eu à Paris, jusqu’au XXe siècle, celui de la Bièvre. Des décisions d’aménagement économique territorial (décret royal au XIVe siècle obligeant les tanneurs et les teinturiers -qui avaient besoin de beaucoup d’eau- à s’installer, à l’époque, en dehors de la ville, exonérations d’impôts, développement manufacturier par la suite), ainsi que l’urbanisation excessive ont surexploité la Bièvre à Paris. Devenue un cloaque puant, elle fut bétonnée et enterrée en 1935 (quand le Baron Haussmann a décidé de réinventer Paris, à lui tout seul), pour finir en souterrain et se déverser dans les égouts à la place de la Seine. Ce fut aussi le cas à Nantes, qui a comblé deux bras de la Loire et qui a aussi enterré son affluent. Citons le cas de Rennes avec la couverture de la Vilaine d’une dalle de béton pour faire un parking et d’autres exemples ailleurs.

Ainsi progressivement, la vie des fleuves traversant les villes s’est réduite à un espace faisant l’objet d’un apprivoisement visuel, ou dans le meilleur des cas économiques, par le tourisme fluvial urbain, sans être un constituant à part entière de l’environnement urbain. Le passage urbain du fleuve était même un séparateur délimitant le passage d’une rive à l’autre et marquant ainsi des frontières non seulement spatiales, mais aussi sociologiques, économiques, voire de spécialisation du tissu urbain.

Les villes doivent reconquérir les fleuves

Les études et travaux menés sur les reconquêtes des fleuves par les villes nous amènent maintenant à dépasser la vision fonctionnelle, aussi esthétique soit-elle, pour venir s’enrichir du passage et de la présence du fleuve dans l’espace urbain en tant que ressource portée par quatre éléments majeurs : sa nature écologique, son interdépendance avec le paysage, sa valorisation économique, son apport dans la qualité du développement urbain. À ces quatre éléments de plus en plus utilisés dans le programme d’aménagement urbain pour la reconquête fluviale urbaine, vient s’ajouter aujourd’hui un cinquième élément clé : le caractère métropolitain du développement urbain. À cette nouvelle échelle, le fleuve est un élément intégrateur d’une vaste zone de vie métropolitaine et interportuaire.

D’où aussi le besoin indispensable de revoir les relations de gouvernance entre les autorités portuaires, les maires et les autorités régionales ainsi que l’approche de construction de projets où l’eau et la terre se mélangent.

Réinventer la Seine est un projet qui amène une rupture dans la conception de l’approche du fleuve dans la ville, car il porte cette ambition Grande Métropolitaine, collaborative, avec un regard nouveau sur les liens entre le fleuve et ses espaces urbains et humains. En 2017, nous verrons naître 40 nouveaux espaces urbains qui vont rayonner autour de la ville et de la Seine, pour faire aussi de l’eau une matière première de l’urbanisme vivant.

Reinventar el Sena: la virtud de la historia del Agua y las Ciudades

El Sena, uno de los cauces fluviales más conocidos en el mundo, fuente de inspiración a todo lo largo de su recorrido, hace parte de la identidad de Paris y su región. Del 7 al 12 de Marzo, el Sena con la operación “EU Sequana 2016”, ha sido objeto de una movilización inédita de gran amplitud en Paris y otros 6 lugares próximos, de 4 departamentos franceses afectados.

Sequana fue el nombre otorgado por César en el primer Siglo a.C. para designar al Sena. A lo largo de su paso por Paris, que sigue siendo una amenaza cuando evoca la probabilidad de una nueva gran inundación como la que sucedió hace 100 años, en 1910. Si bien los estudios muestran que hay una probabilidad sobre 100, seria una gran catástrofe para Paris y en sus alrededores urbanos metropolitanos. Electricidad, agua, transportes, suministro de combustible, alimentación, Paris, con los pies en el agua, se vería en graves dificultades. El video en 3D de la simulación de la crecida de las aguas en Paris, presenta lo que sería tal situación. La OCDE evalúa en 30 mil millones de euros el impacto potencial de los daños. La primavera de 2013 ha dejado marcado un punto de vigilancia cuando el Sena aguas arriba, embalses y presas han alcanzado sus niveles de alerta.

Casi de forma simultanea, esta semana en Barcelona, tiene lugar un evento principal, la Barcelona Resilience Week. Organizada por el programa City Resilience de UN Habitat y la ciudad de Barcelona, se trata de hacer hincapié en la capacidad de mejora de la resiliencia en nuestros contextos urbanos frente a impactos multiriesgo, y entre ellos, los relacionados con el cambio climático. Partiendo de los retos urbanos, las ciudades amenazadas por la crecida de las aguas fluviales vienen a recordarnos el rol de al resiliencia en el siglo de la urbanización.

El informe de la OCDE de 2014 relativo al Sena y París precisa la exposición que: “El riesgo y la vulnerabilidad de los resultados fueron reforzados por el concomitante aumento de la urbanización creciente de la principal área económica francesa al igual que la construcción de numerosas zonas de actividad y de infraestructuras críticas (transporte, energía, comunicación, agua) a lo largo del río. La interdependencia de estas redes las unas con las otras, la interpenetración de las cadenas de producción y su funcionamiento en flujo continuo, el rol clave de la movilidad de las personas y los intercambio para el dinamismo de la economía, la urbanización y la concentración de las poblaciones y los capitales son también factores que incrementan la vulnerabilidad de las sociedades modernas frente a estas crisis.”

Al mismo tiempo, este 14 de marzo otro evento histórico viene a atraer de nuevo la mirada sobre el Sena. Después del éxito del concurso internacional “Reinventar Paris”, un nuevo concurso ambicioso y original, “Reinventar el Sena” se ha lanzado bajo la forma de una nueva “llamada para proyectos innovadores” concerniente a una cuarentena de lugares en las riberas del Sena y sus canales. Auspiciado por la ciudad de Paris, con las ciudades de Rouen y Le Havre, una nueva etapa en la disrupción de la concepción del urbanismo está teniendo lugar. Multisectorial, multifuncional, multidisciplinaria, ecosistémica, colaborativa, este proyecto se inscribe bajo un enfoque de valorización del patrimonio común, el Sena, en los albores de un espacio urbano de gran metrópolis a construir, desde Paris hasta su desembocadura en Le Havre, para repensarlo como un gran territorio de vida, de usos y de servicios.

A través de la historia de las ciudades, los ríos juegan un rol principal en la construcción de la identidad urbana. Las relaciones entre las ciudades y los ríos, el desarrollo de su tejido urbano, económico, industrial, cultural y patrimonial, logístico, han sido de naturaleza ambivalente. La dominación del hombre en su proyecto urbano se ha traducido en secar nuestros ríos y deshidratar nuestras ciudades. El enfoque funcional del agua ha dado lugar a zonas portuarias con usos comerciales o industriales, separados de la ciudad, y difícilmente accesibles.

Las relaciones entre los ríos y los hombres en las ciudades, también han estado marcadas por un vínculo reductor, oportunista, generalmente limitado por su percepción como punto de paso, localizado, y circunscrito a los retos antrópicos; los de desarrollar la ciudad con el crecimiento del hombre y su economía, a través del predominio de la construcción. El paradigma dominante fue construir la ciudad, haciendo invisible la naturaleza y con ella el agua, a favor de las construcciones, de las carreteras e infraestructuras urbanas. La ciudad fue entregada posteriormente a la era del petróleo, al vehículo, sus bulevares, sus avenidas, sus muelles, sus vías rápidas. El río, de hecho, ha perdido su carácter vivo, convirtiéndose en el mejor caso, en un objeto ornamental, un lugar de contemplación para el esparcimiento, pero distante del hombre urbano en todo el sentido del término.

La memoria se ha desvanecido, pero hay que recordar que por ejemplo otro curso natural que había en Paris, en el siglo XX, era el del Bièvre. Las decisiones de desarrollo económico-territorial (real decreto del siglo XIV obligando a curtidores y teñidores, que necesitaban de mucha agua, a instalarse, en aquel entonces, en las afueras de la ciudad, exonerados de impuestos, desarrollando manufacturas a partir de entonces), también la urbanización excesiva sobrexplotó el Bièvre a su paso por Paris. Convirtiéndolo en una cloaca apestosa, fue hormigonado y enterrado en 1935, (cuando el Baron Hausmann decidió reinventar Paris, por sí mismo), para acabar soterrándolo y vertiendo sus aguas residuales al Sena. Este fue también el caso en Nantes, que drenó dos brazos del Loire y que también han enterrado su afluente. Citemos el caso de Rennes con el cubrimiento del Vilaine con una losa de hormigón para hacer un aparcamiento y otros muchos ejemplos en el mundo.

Así, progresivamente, la vida de los ríos atravesando las ciudades se ha reducido a un espacio sometido por una domesticación visual, o económica en el mejor de los casos, por el turismo fluvial urbano, sin ser un componente de pleno derecho del entorno urbano. El cruce urbano del río ha sido un separador de una y otra ribera marcando así fronteras no solamente espaciales sino también sociológicas, económicas, y de especialización del tejido urbano.

Los estudios y trabajos sobre la reconquista de los ríos por las ciudades nos llevan ahora a superar el punto de vista funcional, también estética para venir a enriquecer el paisaje con la presencia del río en el espacio urbano al mismo tiempo que relacionándolo con cuatro elementos principales: su naturaleza ecológica, su interdependencia con el paisaje, su valorización económica, su aporte en la calidad del desarrollo de la vida urbana. A estos cuatro elementos cada vez más utilizados en el programa de gestión urbano por la reconquista fluvial urbana, se añade a día de hoy el quinto elemento clave: el carácter metropolitano del desarrollo urbano. A este nueva escala, el río es un elemento integrador de una gran zona de vida metropolitana e interportuaria.

De ahí la necesidad indispensable de revertir las relaciones de gobernanza entre las autoridades portuarias, los alcaldes y las autoridades regionales al igual que el enfoque de los proyectos de construcción donde el agua y la tierra se mezclan.

Reinventar el Sena es un proyecto que anticipa una ruptura entre la concepción del enfoque del río en la ciudad, ya que lleva esta gran ambición de Gran Metropolis, colaborativa, con una mirada nueva sobre los vínculos entre el río y sus espacios urbanos y humanos. En 2017, veremos nacer 40 nuevos espacios urbanos que irradiaran alrededor de las 3 ciudades Paris, Rouen y Le Havre con el Sena, para hacer del agua una materia prima del urbanismo vivo.

2017-04-08T07:23:56+00:00 16 March 16|Articles (español), Chroniques hebdomadaires|